Être consom'acteurs
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ToggleAvertissement : Dans cette partie consacrée à la distribution des produits de consommation dans le cadre coopératif, nous avons volontairement choisi de partir de créations récentes pour remonter le temps avec les expériences plus anciennes qui peuvent ressurgir, y compris en prenant d’autres formes.
Depuis une vingtaine d’années de nouvelles modalités de consommation ont été inventées dans le cadre de l’ESS, notamment sous forme associative, avec le « système des paniers » qui s’inscrit dans une logique d’autonomie et de développement durable des territoires. Supprimant les intermédiaires entre producteurs et consommateurs, ce système met en pratique des circuits plus courts. Dans le même temps, des producteurs se regroupent pour créer des magasins de vente directe. Ces nouvelles organisations révèlent un idéal de transformation des rapports économiques ainsi qu’une volonté de s’inscrire dans un territoire et de le faire vivre.
De plus, aujourd’hui, le paysage de l’ESS de la consommation en France est principalement composé par les réseaux de magasins de trois variétés de sociétés coopératives : les coopératives régionales, Biocoop et les coopératives participatives autonomes locales.
Les Jardins de Cocagne, initiés en France en 1991 et en Limousin en 1995, figurent parmi les précurseurs des circuits courts. Ils œuvrent à l’insertion d’adultes en difficultés par l’activité agricole biologique, tout en fournissant des paniers de légumes à des consommateurs qui s’engagent à les acheter. La ferme de Coyol à Couzeix (87) emploie une quarantaine de personnes et nourrit 350 adhérents qui viennent y chercher leur panier ou le prennent dans un point de distribution.
Les AMAP se multiplient de façon spectaculaire en France et en Limousin depuis le début des années 2000. Une Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP) est un partenariat de proximité entre une ferme et un groupe de consommateurs. Elle est fondée sur un engagement financier de la part des consommateurs qui paient par avance leur panier constitué de produits de la ferme pour une période prédéfinie, en fonction de la nature de l’exploitation, de la « saison », selon une distribution souvent hebdomadaire. Les conséquences des aléas climatiques sont partagées. Le prix du panier est fixé en fonction des coûts de production et non pas du poids des produits.
En Haute-Vienne, des “amapiens” se retrouvent au sein de La Main au Panier à Saint Léonard de Noblat, du Ver de terre et son orchestre à Saint Martin de Jussac ou du Chat Noir à Limoges. Le phénomène AMAP est à la croisée de plusieurs expériences : en France (Les Jardins de Cocagne) et à l’étranger (Teikei au Japon), ainsi que des réflexions menées par des organisations agricoles (Confédération Paysanne) et par des mouvements de citoyens engagés (ATTAC). Ces acteurs réagissent à la « malbouffe », à la grande distribution, et défendent la nécessité d’une agriculture locale, solidaire, respectueuse des saisons et de l’environnement. Fondé sur un contrat entre un producteur et des consommateurs, ce système permet de maintenir une agriculture de proximité et de connaître la qualité des produits achetés.
Comme dans les autres régions, les magasins de producteurs en vente directe avec un statut d’association ou de coopérative, se multiplient en Limousin depuis le début des années 1990, avec par exemple la Petite Ferme à Boisseuil (1993), la Coop des Champs à Guéret (2001), les Saveurs Fermières à Limoges (2003) etc.
Ce sont des fermiers producteurs qui se rassemblent localement en collectif pour vendre sans intermédiaire leur production; il s’agit d’un circuit court. La Petite Ferme, le plus ancien magasin coopératif de producteurs en Limousin, situé au sud de Limoges, à Boisseuil, rassemble une vingtaine de producteurs exploitant des fermes dans la région (Dordogne, Haute-Vienne, Corrèze, Creuse) en agriculture paysanne raisonnée non intensive ou biologique.
A Saveurs Fermières, coopérative créée à Limoges en 2003, une cinquantaine de producteurs fermiers locaux commercialisent directement leur production dans les deux magasins de la coopérative.
Il existe aujourd’hui en France trois principaux types de sociétés coopératives de consommation avec des histoires, des échelles de taille, des composantes et des modes de fonctionnement différents.
Trois coopératives régionales, Coop Atlantique dans le Centre-Ouest, Coop Normandie-Picardie dans le Nord-Ouest et Les Coopérateurs de Champagne à l’est de la région parisienne se sont adaptées aux formes contemporaines de la grande distribution et rejoignent dans les années 2010 l’enseigne Système U.
Cette association commerciale n’affecte pas la nature de leur structure propre : une coopérative dont les sociétaires sont les consommateurs.


Plus récemment, au tournant du XXIème siècle, des coopérateurs ont relancé et actualisé le modèle pionnier associationniste des magasins coopératifs locaux du 19ème siècle dans un contexte de développement durable.
Ces nouvelles communautés de coopérateurs soucieux de la qualité, du prix et de la proximité des produits font vivre en autogestion leurs supermarchés : elles s’appellent à Paris La Louve, Superquinquin à Lille, La Fourmilière à Saint-Etienne ou Supercoop à Bordeaux… C’est une forme de commerce de proximité dont le client coopérateur, participe directement aux décisions et au fonctionnement du magasin.
Supercoop est un exemple de supermarché coopératif participatif auto-géré situé dans la métropole de Bordeaux.
Vidéo de présentation de SuperCoop, réalisée en 2019

En résonance avec les pratiques de ces nouvelles coopératives de consommation, les associations de consommateurs proposent des politiques d’éducation à l’alimentation pour limiter l’impact de la publicité sur le consommateur, lui permettant de consommer mieux et autrement à partir d’une agriculture et d’une alimentation durable et solidaire.
Plusieurs projets de coopératives de consommation voient le jour au cours du XIXème siècle. C’est à un journaliste lyonnais, Michel Derrion, que l’on attribue la première coopérative de consommation en France. En 1835, juste après la révolte des canuts, ce saint-simonien partisan des thèses de Charles Fourier, crée à la Croix-Rousse une épicerie « Au commerce véridique et social » qui, après des débuts prometteurs, connaîtra une existence éphémère.
C’est à partir de la traduction en 1861 par Alfred Tallandier de l’Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale, que des coopératives « Rochdaliennes » vont se répandre un peu partout en France. Leur but : soulager la misère qui affecte nombre de milieux ouvriers de la fin du XIXème siècle.
Les principes coopératifs de type Rochdalien : liberté d’adhésion, gestion démocratique selon le principe un sociétaire = une voix, répartition des bénéfices entre les consommateurs au prorata de leurs achats, paiement des achats au comptant…
Au XIXème siècle, le pain peut représenter 50% du budget d’une famille ouvrière et les premières coopératives sont des boulangeries ou des entreprises de panification qui se créent souvent de façon spontanée.
À la veille de la guerre de 14, on totalise en France 1 248 boulangeries coopératives (avec près de 300 000 sociétaires) sur environ 3 000 sociétés coopératives de consommation. En 1959, le mouvement coopératif continue de gérer 2 000 boulangeries.

Le mouvement coopératif va ensuite se structurer dans les milieux ouvriers à la faveur de la loi sur la liberté syndicale de 1884 et de la création en 1885 de la première Union des Coopératives Françaises. Certaines ont été créées selon le “modèle de Rochdale”, comme l’Union de Limoges ou l’Union des Coopérateurs du Centre à Guéret, d’autres selon un “modèle syndical”, où les adhérents sont des ouvriers et ouvrières syndiqués, comme l’USO (Union Syndicale Ouvrière) de Saint Junien (87). D’autres formes ont également existé, selon le modèle de la Fraternelle de Saint Claude (39) où les excédents de la coopérative de consommation alimentent des caisses sociales maladie ou vieillesse ou servent à la création de coopératives de production.
Dans le bassin houiller de Lavaveix se crée, sans doute avec l’appui des employeurs, la première coopérative pérenne de la Creuse en 1873. Elle est caractéristique des coopératives de consommation créées très tôt dans les localités à forte concentration ouvrière. Elle revendique encore 180 sociétaires en 1928 alors que l’exploitation minière est en déclin et qu’il ne reste que 500 ouvriers.
C’est à Limoges, Guéret et Saint-Junien, que le mouvement coopératif limousin va connaître ses plus belles réussites, dans des conditions de création très différentes, mais toujours avec le même idéal social.
Créée en 1881 avec 45 sociétaires, L’Union de Limoges va connaître un développement spectaculaire pour devenir, à la veille de la guerre de 1914, la plus importante coopérative de France, avec 10 621 sociétaires et 270 employés. Sa devise : « Tous pour chacun, chacun pour tous » s’affiche en vitrine de toutes ses succursales.
L’Union de Limoges a ouvert une boulangerie, une confiturerie, une biscuiterie et un chais. Puis elle loue la ferme du Mas-Éloi pour y produire viande et lait. Elle se fournit auprès de la Société générale des coopératives de consommation, centrale autonome qui possède des usines en France : fabriques de chaussures ou de vêtements de travail, conserveries, chocolaterie, salins, savonnerie …
En 1935, la coopérative compte 24 225 sociétaires, soit en moyenne un adhérent par foyer limougeaud.
Mais dans l’esprit de ses pères fondateurs portés par leur idéal de solidarité, l’Union ne doit pas seulement soulager la misère de l’ouvrier. La coopération doit aussi incarner l’espoir d’un monde meilleur.
La salle des fêtes, lieu emblématique des réunions ouvrières et des assemblées générales des sociétaires, est inaugurée en août 1911. Elle deviendra vite une salle de théâtre puis de cinéma.
Reprenant à son compte le mot de Jaurès selon lequel « les sociétés de consommation sont un laboratoire d’expérimentation sociale », l’Union constitue en 1921 un Comité des Œuvres Sociales, avec colonies de vacances et cercle des jeunesses coopératives. En 1924, consciente du rôle de l’éducation dans l’émancipation ouvrière, l’Union ouvre une bibliothèque.
Début 1902, une grève très dure oppose à Saint-Junien les ouvriers mégissiers aux patrons qui se montrent inflexibles. Au bord de la misère, une poignée de grévistes décident d’acheter en gros des denrées et de les revendre au prix coûtant. En septembre, naît l’Union Syndicale Ouvrière (USO), qui revendique rapidement une centaine d’adhérents.
Comme l’Union de Limoges et l’Union des Coopérateurs de Creuse, l’USO va favoriser dans les années 30 en Limousin l’émancipation ouvrière et l’accès aux sports et à la culture. Une caisse de solidarité est créée en 1928, pour venir en aide aux adhérents malades. Chorale, bibliothèque, union sportive et colonie de vacances sont accessibles aux sociétaires. En 1972, l’USO disposera de 31 magasins, dont 12 en Charentes.
C’est à un professeur de lycée, Victor COPE, que l’on doit la naissance de cette coopérative de consommation. En 1907, pour contrecarrer le projet des boulangers de Guéret d’augmenter le prix du pain de 0,05 franc, ce dernier ouvre une boulangerie, « La Guérétoise ».
La coopérative va vivoter jusqu’en 1916, quand André DESMOULINS (au premier rang au centre de la photo ci-contre) va prendre la société en main. En 1918, le magasin de la rue du Prat devient «l’Union des Coopérateurs de la Creuse». Celle-ci se développera considérablement dans les années vingt et trente, ce qu’attestent les festivités du vingt-cinquième anniversaire en 1932.
L’assemblée générale, réunie dès le matin, est présidée par Ernest Poisson, dirigeant du Mouvement coopératif qui inaugure en cette occasion les derniers bâtiments nouvellement construits. Un grand banquet en cette occasion est offert dans plusieurs lieux de la ville, puis vers 15 heures, la foule se rend place Bonnyaud pour assister à la représentation de l’Arlésienne d’Alphonse Daudet, interprétée par des artistes venus des grands théâtres parisiens.
Film de la fête, le 12 juin 1932, du 25ème anniversaire de l’Union des Coopérateurs. Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine • Mémoire Filmique de Nouvelle-Aquitaine (mémoire filmique nouvelle aquitaine.fr)
Présentation de l’Union des Coopérateurs de la Creuse, les premiers magasins, les entrepôts à Guéret, leur fonctionnement et l’assemblée générale de juin 1929. Film issu des collections des Archives Départementales de la Creuse.
En 1935, l’UCC compte 26 000 sociétaires, 3 entrepôts (Guéret, Montluçon, Le Blanc) et 182 magasins de vente. En 1961, elle regroupe 57 000 sociétaires et gère 258 magasins dispersés sur 8 départements. Cette grande coopérative clôture définitivement son activité après une fusion malheureuse avec la Société coopérative l’Union des Travailleurs de Saint-Étienne et disparaît dans les années 1980.
Dans le Limousin rural, l’esprit coopératif se répand lentement, principalement avec l’UCC et l’Avenir du Centre-Ouest. Le 7 juillet 1916 est fondée “l’Avenir du Centre Ouest.” En 1928, au plus fort de son activité, l’Avenir du Centre Ouest dispose de 68 points de vente exclusivement ruraux (51 en Haute-Vienne, 7 en Dordogne et 10 en Corrèze) et revendique plus de 7 000 adhérents.
En 1956, l’Union de Limoges, après une longévité exceptionnelle de 75 ans, est devenue l’Union des Coopérateurs du Limousin et du Périgord. En 1972-73, celle-ci ainsi que l’Union Syndicale Ouvrière de Saint-Junien fusionnent avec la Coopérative Régionale de Saintes qui gère déjà des grandes surfaces. Par la suite, cette dernière prendra le nom de Coop Atlantique en 1994.
Autour des années 1960, la marque COOP s’inscrit sur toutes les enseignes des innombrables magasins des coopératives de consommations qui couvrent le territoire national (environ 10 000 magasins en 1962 pour 3,5 millions de sociétaires)
Film publicitaire Rond Point Coop Zup de Corgnac (1980) Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine, Mémoire Filmique de Nouvelle-Aquitaine (mémoire filmique nouvelle aquitaine)
Le mouvement coopératif de consommateurs (COOP) n’a pas su s’adapter au développement de la grande distribution à la fin du XXème siècle. Ses succursales de quartier et de village ont disparu.
Actuellement, on observe un retour à une consommation de proximité, avec le développement des circuits courts; la coopération s’inscrit dans ce mouvement de manière innovante à travers les magasins coopératifs participatifs.
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