Échanger, financer

2 siècles d’économie sociale et solidaire

Le système bancaire

En France, des débuts chaotiques

Il semble bien que des prémices de banques solidaires soient apparues dans certaines régions, comme en Limousin par exemple, avec des aides de l’État. Suite à la crise économique et sociale et à la révolution de juillet des Trois Glorieuses en 1830, François Alluaud, maire de la ville de Limoges et l’avoué saint-simonien Théodore Bac créent le 5 janvier 1831 la Banque de Secours autorisée par ordonnance royale. Y souscriront des artisans, des négociants mais aussi des bourgeois désireux d’apporter leur soutien à l’activité économique locale. Cette même préoccupation de l’organisation du crédit au commerce et à l’artisanat se reproduira après la Révolution de 1848 avec la création d’une Banque d’Escompte et de Circulation de Limoges qui deviendra la Banque de Limoges convertie en 1849 en succursale de la Banque de France.

Caricature de Cham (1818-1879) dans le Charivari - (Aubert. Bibliothèque nationale de France)

Sur le plan national, au cours du 19e siècle, de grandes et puissantes banques se développent en France et financent principalement l’industrie et le commerce. Mais elles ne répondent pas au besoin de crédit des petits producteurs et artisans malgré les Caisses d’Epargne et les Comptoirs d’Escompte, pourtant légalisés respectivement en 1830 et 1848. L’esprit associatif, si fécond dans les milieux ouvriers après 1848, ne génère pas d’initiatives ni de vocations dans le domaine de la coopération de crédit. Seuls, quelques utopistes comme Pierre Joseph Proudhon (1809-1865), avec sa “Banque du Peuple” créée en 1849, ou Jean-Pierre Beluze (1821-1908), gendre d’Eugène Cabet, avec sa “Société du crédit au travail” créée en 1863,  avaient imaginé des systèmes mutualistes d’échange ou de prêt aux coopératives, pouvant être considérés comme les premières banques associatives en France.

Il faut attendre la période libérale du second Empire pour que se créent de petites sociétés de crédit mutuel et de crédit populaire. L’Almanach de la Coopération de 1866 recensera à  Paris 59 de ces sociétés qui restent éphémères (Les Coopérateurs, Patricia Toucas, Editions de l’Atelier, 2005)  et, de 1860 à 1917, on comptera 19 banques pour financer les coopératives de production parmi lesquelles seule, la  Banque Coopérative des Associations Ouvrières de Production (BCAOP), créée en 1893, survivra (Financer les Utopies, Michel Dreyfus, Actes Sud, 2013), en partie grâce à l’aide d’un généreux donateur, Faustin Moigneu (1824-1900) d’inspiration fouriériste et chercheur d’or. En 1914, 120 associations ouvrières de production sont adhérentes à la BCAOP, spécialisée dans le crédit à court terme et qui donnera naissance au Crédit Coopératif.

Buste de Faustin Moigneu – Cimetière Montparnasse

Faustin Moigneu (1824-1900)

Issu d’un milieu très modeste de paysans d’Ile de France, Faustin Moigneu, après un apprentissage de confiseur, réalise un parcours de Compagnon du Tour de France. En 1848, républicain et libre penseur, il rencontre les idées fouriéristes et devient un adepte de la « théorie sociétaire ». En 1849, il part en Californie comme chercheur d’or, puis s’installe comme confiseur à San Francisco, alors en pleine expansion. Fortune faite,  il revient à Paris et vit de ses rentes tout en participant aux activités politiques et économiques du milieu fouriériste (phalanstériens) qui profitera de sa fortune.  En 1871 il appartient au Ménage sociétaire, de la colonie de Condé-sur-Vesgre (Yvelines), issue d’un projet de phalanstère datant de 1832, où il réside dans une cabane en bois, sa « cabine ». Il est à la fin du XIXe siècle un acteur important de la coopération de consommation, ainsi qu’un membre influent de la Chambre consultative des AOP (Associations Ouvrières de Production) créée en 1884. Son engagement de philanthrope se traduit par un soutien d’1 million de francs (or) à la Ligue de l’Enseignement, fondée par un fouriériste, Jean Macé dont il est proche. Il fait don de 500 000 F à la Banque Coopérative des Associations Ouvrières de Production (BCAOP), créée en 1893 dirigée par un autre fouriériste, Henri Buisson. Ce don jouera un rôle décisif en permettant à la banque coopérative des associations ouvrières de décoller et de passer le cap du XXe siècle. Les fusions des banques coopératives, dont celle issue des AOP (devenues SCOP), donneront naissance au « Crédit coopératif » dont la salle du conseil d’administration porte le nom de Charles Fourier. 

(Source : site de l’association des études fouriéristes)

En 1922, apparaît un nouvel acteur,  la Banque des Coopératives de France (BCF), fondée par la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation (FNCC) lors de son congrès de Marseille et dirigée par Gaston Lévy jusqu’à son dépôt de bilan en 1934.

Outre Rhin, le vrai départ de la coopération de crédit

C’est outre Rhin que la voie vers la coopération de crédit est ouverte de manière pérenne sous l’impulsion de deux hommes aux profils différents mais tous deux marqués par la crise économique prussienne de 1847: Frédéric Guillaume (Friedrich Wilhelm)  Raiffesen (1818-1888) et Hermann Schulze-Delizsch (1808-1883).

Frédéric Guillaume (Friedrich Wilhelm) Raiffesen (1818-1888)
Frédéric Guillaume (Friedrich Wilhelm) Raiffesen (1818-1888)

Au début des années 1860, Raiffesen, fonctionnaire à Coblence, puis bourgmestre, crée dans la circonscription de son village  une coopérative rurale de crédit sans capital social qui propose aux paysans un crédit à taux faible et sur une longue période. Il met en place tout le système de fonctionnement de crédit mutuel qui sera à l’origine du Crédit Mutuel et du Crédit Agricole en France.

Hermann Schulze (1818-1888)

Hermann Schulze, juriste, ancien député au parlement prussien,  fonde en 1850 dans sa ville Delitzsch (Saxe) un comptoir d’escompte destiné aux petits producteurs. Ses principes inspireront les banques populaires en France.

Hermann Schulze-Delizsch (1808-1883)

Fondée sur le désintéressement et la solidarité, l’action de Raiffesen inspire les notables locaux et les clergés catholique et protestant qui créent les premières caisses alsaciennes de crédit mutuel.

Les banques coopératives en France

Les banques coopératives se différencient des banques classiques, par le fait qu’elles reposent, entre autres, sur les dépôts de leurs sociétaires et non sur des apports ou soutiens financiers d’actionnaires extérieurs. Qualifiées aujourd’hui de banques mutualistes (Crédit Agricole,  Crédit mutuel, Crédit coopératif, Banques populaires, Caisses d’épargne..) les banques coopératives sont des établissements de type coopératif possédés par des sociétaires, selon le principe une personne une voix. 

Au cours de leur histoire, ces banques, ou celles dont elles sont issues, ont eu des statuts juridiques variés qui n’entrent pas stricto sensu dans le champ de l’ESS mais leur but non lucratif ainsi que leurs œuvres sociales, initiées souvent par des philanthropes, rejoignent l’économie solidaire. Aujourd’hui, au-delà de cette diversité de statuts, la tendance est à une certaine homogénéisation de leur statut coopératif.

Le Crédit Agricole : une banque coopérative au service des agriculteurs

Maison de Salins qui a abrité la première caisse locale. Le bâtiment abrite aujourd'hui un musée consacré à tous les aspects de la coopération (Coll. service des archives historiques, fonds Crédit Agricole).
Maison de Salins qui a abrité la première caisse locale. Le bâtiment abrite aujourd’hui un musée consacré à tous les aspects de la coopération (Coll. service des archives historiques, fonds Crédit Agricole).

Inspirée des caisses locales de crédit mutualiste de Raiffesen, la première caisse locale de crédit agricole est créée en 1885 à Salins les Bains (Jura) par Louis Milcent, syndicaliste catholique, et Alfred Bouvet, industriel, tous les deux à l’origine du Syndicat Agricole de Poligny créé un an plus tôt.

La première année, 5420 prêts de 600 francs maximum seront accordés, exclusivement destinés à des achats de bestiaux, semences, engrais ou instruments agricoles (Congrès des Caisses de crédit agricole 1902, Archives Maison des Salins). La loi du 5 novembre 1894 portée par un avocat vosgien, Jules Méline,  va ensuite autoriser la création de caisses locales entre membres de syndicats agricoles partout en France.

La création de caisses régionales sera autorisée par la loi du 31 mars 1899. Ces dernières vont alors se développer dans toute la France.

En Limousin, le samedi 25 mai 1907, un déchaînement climatique d’eau et de grêle s’abat sur une partie de la région, ravageant récoltes, fourrages et parfois causant de lourds dégâts sur les bâtiments. Sous la houlette du préfet Charles Lallemand, cet événement précipite la création des caisses locales de Crédit Agricole qui viendront en aide aux sinistrés, avec les avances de l’État, et participeront le 16 juin 1907 à la création de la Caisse de la Haute Vienne. Les administrateurs fondateurs sont tous agriculteurs, mais aussi maires ou conseillers généraux. Durant la guerre 14-18, les caisses mettent tout en œuvre pour assurer le soutien aux fermières dont le mari a été mobilisé. La banque verte haut-viennoise continuera à se développer, en ouvrant des comptes aux particuliers (1919), en s’engageant aux côtés des coopératives agricoles (1920), puis des CUMA5 (1962), mais également en étant le seul établissement bancaire local à distribuer les prêts aidés à l’agriculture, contribuant ainsi à l’essor de ce secteur. Banque universelle depuis 1991, elle fusionne en juin 1993 avec le Crédit Agricole de l’Indre, pour devenir le Crédit Agricole Centre-Ouest.

A Saint Germain du Crioult (Calvados, 900 habitants), lors de la fondation de la caisse locale du Crédit agricole mutuel le 3 mars 1907, les paysans en blouse, encadrés par les gardes-champêtres, posent pour la postérité aux côtés (sans doute) des futurs administrateurs ou gestionnaires de la caisse.
Le siège du Crédit Agricole à Limoges dans les années 50, avenue de la Libération
Le Crédit Agricole s’implante aussi dans les grandes villes. Une agence à Lyon dans les années 30.
Couverture de cahier, années 1950

Le Crédit Mutuel : une longue histoire

Directement inspiré par l’oeuvre de Raiffeisen, un avocat lyonnais fervent catholique, Louis Durand (1859-1916) crée en avril 1893 l’Union des Caisses Rurales et Ouvrières Françaises (UCROF) et publie un manuel des Fondateurs et Administrateurs des Caisses Rurales  qui va faciliter l’implantation de ces caisses sur tout le territoire. Les deux premières caisses sont implantées à Bagnères de Bigorre (Hautes Pyrénées) et à Langé (Indre).

En 1897, on comptera 500 caisses et plus de 1700 en 1914. En 1901, les caisses sont assimilées aux associations à but non lucratif.

Il faudra attendre la loi du 10 septembre 1947 pour que les caisses soient régies par le statut de la coopération. Dans l’ouest de la France, jusque dans les années 1950, c’est parfois le curé qui assure la permanence de la caisse et qui, après son office dominical invite ses paroissiens à placer leurs économies (L’Odyssée du crédit Mutuel Loire Atlantique Centre-Ouest, Andrée-Michèle Habrias, Alain Péraios, Jean-Noël Roul, 20)

L’ordonnance du 16 octobre 1958 consacre l’organisation du Crédit Mutuel qui va reprendre les Caisses Rurales. Dans les années 1970, le Crédit Mutuel se diversifie vers des activités d’assurance.

Le manuel reprend les principes Raiffeisen: liberté d’adhésion, responsabilité illimitée des prêteurs et emprunteurs, circonscription géographique restreinte, gestion bénévole et non distribution des excédents.
Affiche publicitaire, juin 1977
Carte postale de 1991 éditée pour le centenaire du Crédit Mutuel de Gerstheim (Bas Rhin)

Le Crédit coopératif : la banque des coopératives

Ce logo représente trois personnages clés : un client sociétaire (qui détient une part du capital de la banque), le Groupe Partenaire et la Banque. La danse est ouverte, traduisant une ouverture au monde.

La BCAOP (Banque Coopérative des Associations Ouvrières de Production), créée en 1893, et la Caisse Centrale du Crédit Coopératif, créée en 1938, donnent naissance en 1969 au Crédit Coopératif ; il élargit sa clientèle aux associations et mutuelles en 1974 et en 1984 devient une banque à part entière.. C’est aussi la première banque en Europe à créer un placement solidaire en 1983. Elle offre une gamme de possibilités d’épargne et de crédit solidaires (revenus d’épargne partagés, microcrédit, fonds de garantie…).

Banque très engagée dans l’économie sociale et solidaire, c’est aussi une banque éthique. Elle privilégie des projets à valeur sociale, culturelle et écologique.

En 2002, le Crédit Coopératif rejoint le groupe Banque Populaire.

Buvard publicitaire, années 50
Marque-pages publicitaire

Les Banques Populaires : une banque coopérative au service des artisans et commerçants

La vocation coopérative des banques populaires, nées sous le Second Empire, répond au besoin de pallier le refus des grandes banques d’avancer de l’argent à des artisans, commerçants ou petites entreprises de province. Ces derniers vont alors se prêter mutuellement en devenant à la fois sociétaires et clients, sur le modèle d’une coopérative fermée ne prêtant qu’aux déposants. En 1878, c’est à Angers que naît la première vraie banque populaire (la Banque des Travailleurs Chrétiens) sous l’impulsion de Ludovic de Besse (1831-1910), un religieux capucin, qui parvient à fédérer un réseau de 17 banques populaires entre 1880 et 1888.

Dans la même période, Charles Rayneri (1848-1940) est à l’origine de la création de plusieurs banques populaires sur la côte d’Azur, dont Menton, en 1884.

Mais il faudra attendre mars 1917 pour que la loi du ministre du Commerce, Etienne Clémentel (1864-1936) dote les Banques Populaires d’un statut légal qui précise leur caractère coopératif et définit leur mission : « sociétés coopératives de crédit autonomes, à capital fixe ou variable, pouvant pratiquer toutes les opérations des grands établissements de crédit ».

En Limousin, au sortir de la guerre, Victor Thuillat, agent d’assurances, sera à l’origine le 15 novembre 1919, de la création de La Banque Coopérative du Centre, pour répondre aux besoins du petit et moyen commerce et de l’artisanat, particulièrement afin d’aider les démobilisés et veuves de guerre.  

Elle  s’ouvre en janvier 1920 dans une partie d’un immeuble situé au 20 Boulevard Carnot. La banque fait l’acquisition en juin 1922 du grand immeuble situé à l’angle de l’avenue de Juillet et du boulevard Carnot.

Progressivement, l’établissement se développe et ouvre des succursales à Saint-Yrieix (1921), puis Saint-Junien (1923), Bellac, Brive, etc… pour couvrir le Limousin, la Charente et, plus tard, la Dordogne. 

Devenue la Banque Populaire du Centre en juin 1937, elle participe en 1974 à la création de la CASDEN-Banque Populaire (CASDEN : Caisse d’Aide Sociale de l’Éducation Nationale créée en 1951). La Banque Populaire du Centre fusionne successivement avec la Banque Populaire Centre Atlantique (Niort) en 2004, puis avec la Banque Populaire de Bordeaux en 2011, pour devenir la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique.

Extraits de la BD “L’Esprit Banque Populaire, une aventure humaine”
A Limoges, le premier siège de la Banque Coopérative Populaire du Centre
Progressivement, l’établissement se développe et ouvre des succursales à Saint-Yrieix (1921), puis Saint-Junien (1923), Bellac, Brive, etc… pour couvrir le Limousin, la Charente et, plus tard, la Dordogne. Ci-dessus, La succursale de la Banque Populaire Coopérative du Centre à La Jonchère.
A Tulle, la Banque Corrézienne Populaire années 1930
Intérieur de la Banque Populaire de Brive (1926)
Banque coopérative à Guéret rattachée à la Banque Populaire de Limoges en 1929

La Caisse d’Épargne : de l’épargne individuelle et du financement d’œuvres sociales à la banque coopérative

La création de la Caisse d’Épargne de Paris, en 1818, par des bourgeois philanthropes (Benjamin Delessert, déjà créateur des soupes populaires, et le Duc de Larochefoucauld-Liancourt) répond à un souci de développer l’épargne à une époque où les mouvements coopératifs n’existent pas encore vraiment. A partir de 1835, les Caisses d’Épargne sont consacrées organismes privés d’utilité publique. C’est à cette date que la caisse de Limoges sera créée.

 Le succès du livret A est assuré par la garantie de l’État, qui en fixe la rémunération et le taux. La Caisse d’Épargne a longtemps bénéficié de l’exclusivité de sa distribution. Il faudra attendre la loi de 1895 pour que les Caisses d’Épargne interviennent dans le domaine social et solidaire. Elle leur permet de réaliser de premiers investissements locaux, en finançant l’édification de logements sociaux, puis la construction ou l’acquisition de bains-douches et la mise en place des jardins ouvriers.

En 1978, avec les premiers compte-chèques Écureuil, les caisses d’Épargne deviennent des banques classiques mais ce n’est qu’en 1999 qu’elles deviennent  des banques coopératives à vocation universelle. En 2009, naît le groupe BPCE (Banques Populaires Caisses d’Épargne).

A la fin du 19ème siècle, les Caisses d’Épargne ont acquis de la notoriété et font construire des hôtels particuliers pour asseoir leur respectabilité et leur ancrage dans le paysage urbain. En 1895, la Caisse d’Épargne de Limoges achète cet immeuble rue d’Isly.
Intérieur de la salle d'accueil de Limoges, années 20.
La Caisse d’Épargne de Guéret a été créée en 1842 à l’initiative de notables de la ville. A la séance d'ouverture du 15 janvier 1843, 26 déposants ont versé 3 910 francs. Vue de l’entrée de l’immeuble construit vers 1895, place Bonnyaud.
Cité des maisons de la caisse d’Épargne
A Bonnat ou encore à Dun-Le-Palestel, la Caisse d’Épargne construit des établissements à double vocation : caisse d’épargne et bains douches. Le style est pavillonnaire, les bains douches sont situés à l’arrière du bâtiment.
Inaugurés en 1930, les Bains Douches de Dun-Le-Palestel sont construits par la Caisse d’Épargne qui souhaite développer des œuvres de prévoyance.

Tableau des banques coopératives aujourd’hui

Les trois groupes bancaires français BPCE – dont font partie les Banques Populaires -, Crédit Agricole et Crédit Mutuel réalisent un produit net bancaire total de 74 milliards d’euros, qui représente la moitié du produit net bancaire en 2020. Les coopératives bancaires emploient 325 500 salariés, soit 25,6% de l’ensemble des emplois coopératifs. Pendant la crise sanitaire, les banques coopératives ont accordé 64% des Prêts Garantis par l’Etat (PGE).

Panorama des banques coopératives (le chiffre d’affaires en milliards d’euros est le produit net bancaire) :
Source : Coop.fr “Panorama des Entreprises Coopératives” (chiffres 2020)

La naissance des banques éthiques européennes

Dans de nombreux pays, de plus en plus de personnes, soucieuses de donner un sens à leur épargne se tournent vers l’épargne solidaire, dont l’encours progresse plus rapidement que l’épargne financière classique. On parle de placement solidaire lorsqu’il est investi tout ou partie dans des projets d’utilité sociale : réinsertion, développement durable, accès à l’emploi…

A l’entrée des années 2000, un événement international significatif survient en Europe pour le monde de l’économie sociale et solidaire : la création de la Fédération Européenne des Banques Ethiques et Alternatives (FEBEA). Cette naissance prend un sens d’autant plus fort qu’elle intervient peu de temps avant la grande crise bancaire et financière mondiale de 2007-2008 provoquée par la création à grande échelle de « bulles spéculatives », de produits financiers « toxiques »… conduisant à des ruines sociales, des faillites, des dégâts écologiques etc..

Des banques « propres » rejetant la spéculation apparaissent sur la scène internationale et attestent du renouveau des pratiques bancaires dans le monde financier coopératif ainsi que de l’élargissement de son champ d’activités (justice sociale, écologie…).

Les fondateurs :  Banca Popolare Etica (Italy) ; Caisse Solidaire Nord Pas de Calais (France) ; Crédal (Belgium) ; Crédit Coopératif (France) ; Hefboom (Belgium); La Nef (France) ; Tise (Poland)

Les membres (en 2021) : APS Bank ; Banca Etica; BAS – Banque Alternative Suisse; BfG Eigentümer/-innen und Verwaltungsgenossenschaft ; Caixa Pollenca ; Cassa Centrale Banca ; Cassa Rurale di Bolzano Soc. Cooperativa ; Community Finance Ireland; Coop 57; Cooperative Bank of Chania; Cooperative Bank of Karditsa Coop.L.L. ; Cooperative for Ethical Financing – Ebanka ; Credal ; Crédit Coopératif ; Cresaçor ; Cultura bank ; Erste Social Finance Holding GmBH ; Etimos Fundation ; Femu Quì ; Fescoop – Cooperative for the development of ethical and solidarity finance CRL ; Fondazione di Comunita di Messina ; France Active ; Fundación Finanzas Éticas ; Hefboom ; La Nef ; Merkur Cooperative Bank ; Sefea Holding SC ; Sidi; Socoden ; Tise SA

La finance solidaire au service d’un développement responsable

Les monnaies locales complémentaires

Les premières expériences contemporaines de monnaies complémentaires se situent au cœur de la crise économique de 1929. En effet, la tendance des possédants à thésauriser ralentissait la circulation de la monnaie et aggravait la crise. Le « wära » distribué en salaire d’une ville minière de Bavière est la première monnaie de ce genre, suivront une dizaine d’autres qui échoueront ou seront interdites. Elles renaîtront en France à partir de 2006 et sont reconnues comme moyen de paiement par la loi ESS de 2014.

La monnaie locale est un moyen concret de redonner du sens aux échanges qui met en lien les producteurs, commerçants, artisans, associations et utilisateurs. Elle favorise les circuits commerciaux courts, les projets et les emplois locaux et participe ainsi au développement du territoire. 

Un exemple en Limousin, « Lou Pélou »

Lou Pélou désigne la bogue de la châtaigne, en langue limousine. Elle pique les mains de celui qui la saisit, donc on s’en sépare rapidement et c’est bien la vocation souhaitée par les initiateurs de cette monnaie, matérialisée par des billets. Lancée en 2015 à Magnac-Bourg, elle est acceptée désormais dans de nombreux points de ventes et activités du département.

De nouvelles structures permettent aujourd’hui de développer des activités de financement dans le cadre de l’Économie Sociale et Solidaire pour lesquelles la recherche de la lucrativité de l’épargne engagée est quasiment exclue au profit d’actions de solidarité. Les bénéficiaires peuvent ainsi disposer de fonds que “les banques traditionnelles” n’auraient pas fournis.

Les CIGALES

Les membres des CIGALES (Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire) épargnent régulièrement pour investir collectivement et solidairement dans des projets de territoire. Nantis de leurs expériences professionnelles et personnelles, ils accompagnent les porteurs de projets, souvent exclus du marché du travail et du système bancaire. C’est aussi un lieu d’échanges et d’autoformation, où investisseurs et créateurs d’entreprises font un bout de chemin ensemble, en se fixant des objectifs communs. Ces apports financiers peuvent à leur tour inciter les banques à aider ces projets. Chaque club a une durée de vie de 5 ans. En Haute-Vienne au XXIème siècle, plusieurs CIGALES ont été créés à Limoges, Aixe-sur Vienne, Saint Junien, Rochechouart  telles Agapanthe, 2CLICS, l’Oseille active, Lou Simou…

Remise d’un chèque à Laines et compagnie en 2021 par les CIGALES 2CLICS (Aixe-sur-Vienne -87 et Agapanthe (Limoges -87)

La NEF (Nouvelle Économie Fraternelle) est une coopérative financière qui offre des solutions d’épargne et de crédit orientées vers des projets ayant une utilité sociale, écologique et/ou culturelle

L’ADIE

 L’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique), créée en 1989, accompagne la création d’entreprises en conseillant et en accordant des microcrédits. Ceux-ci, en constituant l’apport personnel, peuvent faciliter l’octroi d’un prêt bancaire classique en crédibilisant le projet. 

La fondatrice de l’ADIE, Maria Nowak (1935-2022), économiste engagée dans les pays en développement a introduit le microcrédit en France.

Façade d’une agence ADIE dans une cité

France Active

France Active, créé en 1988,  à l’initiative de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), de la Fondation de France, du Crédit coopératif, de la Macif et de l’Agence nationale pour la création d’entreprises[, est un un mouvement associatif de soutien aux entreprises et associations de l’économie sociale et solidaire, ainsi qu’aux entrepreneurs éloignés des banques, en leur apportant financements, conseils et connexions. Le réseau France Active est composé d’une entité nationale fédérant trente-cinq associations locales (dont une à Limoges) et notamment un fonds de garantie. C’est un acteur polyvalent de la finance solidaire pouvant mobiliser des prêts d’honneur, des garanties bancaires, des prêts associatifs et prêts participatifs.

La Foncière “Terre de liens” permet d’orienter l’épargne des particuliers vers un financement solidaire de terres agricoles afin de faciliter l’installation de nouveaux agriculteurs en agriculture biologique. Elle achète des fermes afin d’enrayer la disparition des terres agricoles et de réduire les difficultés à en acquérir. Ces fermes sont ensuite louées pour une agriculture biologique et de proximité.

Brochure de La Foncière Terre de Liens (2024)

La Foncière “Habitat et Humanisme”

La Foncière “Habitat et Humanisme”, créée en 1986, a pour objectif de construire, acquérir et rénover des logements destinés aux personnes en difficulté ; celles-ci bénéficient d’un accompagnement personnalisé. Elle intervient à Limoges depuis 2002 avec une antenne à Brive depuis 2023.
Maison-relais des Clarisses (Habitat et Humanisme) à Limoges

FINANSOL

 FINANSOL est une association qui labellise les produits de placement solidaire dont le  label a été créé en 1997 afin de distinguer les produits d’épargne solidaire (impact social et écologique, transparence) des autres produits d’épargne auprès du grand public.

Le financement participatif ou « crowdfunding »

Le financement participatif est un échange de fonds entre individus en dehors des circuits financiers traditionnels à l’aide de plateformes en ligne. Il permet de collecter des fonds par de nombreux apports de petits montants destinés à réaliser un projet. Le financement peut prendre la forme d’un don, d’un prêt avec ou sans intérêts, ou encore d’un investissement en capital. Elles entrent dans le champ de l’ESS lorsqu’elles sont associatives, comme par exemple la plateforme de financement participatif “J’adopte un projet”

Les fonds de dotation

Un fonds de dotation est un organisme à but non lucratif créé par une ou plusieurs personnes, physiques ou morales, pour une durée déterminée ou indéterminée afin de réaliser une œuvre ou une mission d’intérêt général (utile à la collectivité, à une période donnée) ou d’aider un autre organisme à but non lucratif pour accomplir une œuvre ou une mission d’intérêt général en lui accordant des financements. Ce dispositif  a été créé dans le cadre de la loi du 4 août 2008 de modernisation de l’économie.

Il peut s’agir d’une œuvre ou d’une mission à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial ou culturel. Mais aussi de la mise en valeur du patrimoine artistique, la défense de l’environnement naturel ou la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises.

Fonds de Dotation La Solidaire

Le Fonds de dotation La Solidaire est un organisme qui vise à soutenir des initiatives et des solidarités locales sur le Plateau de Millevaches. Il a été créé par un groupe d’habitants et d’entreprises pour collecter des dons et encourager les solidarités. Les dons peuvent ouvrir droit à une réduction fiscale. Depuis sa création en 2012, il a soutenu une soixantaine de projets (actions sociales, culturelles, ou environnementales) et a réalisé une trentaine d’opérations sur le Plateau. L’assemblée des donateurs décide de l’orientation du fonds et des projets soutenus. Il propose aussi un soutien administratif et technique à d’autres structures. 

La Solidaire a contribué à l’achat de la maison qui deviendra le tiers-lieu associatif La Renouée dans le bourg de Gentioux (Creuse)

Echanger autrement dans un cadre local

Mobilités partagées

Ecosystème à Ayen (Corrèze)

C’est une expérience novatrice en France, qui contribue grâce à une monnaie locale, le Y’ACA (Association des Commerçants d’Ayen) utilisable chez les commerçants locaux, à une mobilité responsable qui favorise la vie sociale et l’entraide pour les habitants des zones rurales. Initiée en 2014 et portée par le collectif associatif « Vivre ensemble durablement » en partenariat avec la Maison des Services au Public, elle s’adresse aux personnes âgées qui se déplacent difficilement. Le covoiturage s’effectue avec « les fichets kilométriques », qui s’échangent avec la monnaie locale.. Ce dispositif citoyen a été étendu à sept communes voisines en 2016, avec des activités et animations permettant de rompre l’isolement. En 2017 le collectif a été labellisé « Base de vie sociale » par la Caisse d’Allocations Familiales.

Mobilité Solidaire Rurale (MRSoR)

Mobilité Solidaire rurale est une association loi 1901 créée en 2022 à Bellac (87) pour faciliter des rendez-vous médicaux, administratifs ou des courses à l’intention de personnes isolées ou en précarité. C’est un service de transport d’utilité sociale dont les chauffeurs sont des bénévoles et auquel les bénéficiaires participent en fonction de leurs moyens. Il s’agit aussi de rompre l’isolement qui entoure les personnes sans moyen de locomotion ou incapables de se déplacer de manière autonome, de créer des temps d’échange en partenariat avec les communes et les organismes sociaux des territoires.

Mobicoop

Mobicoop est une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui offre des solutions de covoiturage développées en logiciel libre. L’association Covoiturage-Libre est née en 2011 pour faire du covoiturage dans une optique de  solidarité, d’écologie et surtout sans aucune commission sur les trajets. La transformation de l’association en coopérative, votée en 2018 s’accompagne d’un rapprochement avec Covivo pour créer la coopérative Mobicoop. C’est en se rapprochant de Rezo Pouce en 2021, autre société coopérative de mobilité partagée, que Mobicoop devient une SCIC.

https://www.mobicoop.fr/

Réseau Échanges Réciproques de Savoirs

Chacun a des savoirs qui peuvent intéresser les autres et peut chercher à les transmettre. Tout le monde est capable d’être en situation d’apprendre des savoirs proposés par d’autres. Chacun peut apprendre et transmettre.

Le premier Réseau Échanges Réciproques de Savoirs (RERS) a été créé à Orly, en 1971. Sa pédagogie est née du constat que de nombreux élèves, même ceux en difficultés, détiennent des savoirs méconnus, ignorés par l’école et parfois par eux-mêmes. La possibilité de transmettre ces savoirs leur fait prendre conscience de leurs capacités : rompant les comportements d’échecs, ils se retrouvent en situation de réussite. Par l’élargissement aux parents de ces échanges se sont développés les réseaux.

Celui de Limoges a été créé en 1989 dans le quartier de Beaubreuil. Il a pour principe de mettre en relation gratuitement des personnes désireuses de transmettre leurs savoirs avec celles qui souhaitent les acquérir. Le RERS propose des échanges autour de la mosaïque, la cuisine, la peinture sur porcelaine, la couture, etc.

C’est aussi un lieu de convivialité destiné à accueillir les personnes seules, en recherche d’emploi, les étrangers, les handicapés.

Photos d’ateliers du RERS de Limoges-Beaubreuil

Accorderies

L’Accorderie est un concept qui a émergé au Québec en 2002 et se développe en France depuis 2011. Celle de Limoges a ouvert ses portes le 1er septembre 2014 dans le quartier du Val de l’Aurence.

À l’Accorderie, chacun propose un service et en contrepartie bénéficie de services des accordeurs. La monnaie d’échange est le temps. Les activités peuvent toucher à tous les domaines (informatique, bricolage, cuisine, jardins partagés…).

C’est aussi un organisme qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, en renforçant les solidarités entre personnes d’âges, de classes sociales, de nationalité et de sexes différents. Améliorer les conditions de vie au plan économique et culturel, valoriser les compétences, développer le pouvoir d’agir, renforcer les solidarités et l’entraide, tels sont les objectifs des 362 Accorderies françaises.

Les SEL (Systèmes d’Échanges Locaux)

Les membres de ces associations, souvent anticonsuméristes et écologiques, établissent des relations sociales d’un autre type, dans la convivialité, avec comme valeur principale « le temps ». Ils réalisent, parfois en commun, des échanges et des travaux en dehors du secteur marchand sans vraiment le concurrencer. Les SEL sont aussi des lieux d’échanges non monétaires mais aussi de réflexion.

Bibliographie

  • Andrée-Michèle Habrias, Alain Péraios, Jean-Noël Roul –  L’Odyssée du crédit Mutuel Loire Atlantique Centre-Ouest.
  • Maria Nowak –  La banquière de l’espoir.
  • Maria Nowak – On ne prête pas qu’aux riches.
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