Travailler et produire
Sommaire
ToggleDepuis deux siècles, dans l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et le secteur des services, l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) expérimente et organise des rapports sociaux différents de ceux existant dans le monde de l’économie classique.
L’originalité de l’ESS est d’avoir introduit des rapports démocratiques comme base du fonctionnement de l’entreprise, concernant les modalités de la gestion (sa gouvernance) et du travail de production (son organisation). Les rapports de propriété diffèrent également puisque les coopérateurs et coopératrices avec leur double qualité de parties prenantes et de bénéficiaires de l’entreprise, en sont collectivement les propriétaires et les garants. S’ils disposent de l’outil de travail, ce n’est pas individuellement mais comme un bien commun mutuellement profitable qu’il s’agit de préserver.
Aujourd’hui, au XXIème siècle, produire autrement, c’est aussi relever les immenses défis du maintien de la biodiversité, du changement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles. Il va s’agir pour l’ESS d’élargir ses pratiques de coopération, d’attention et de soin au-delà des seuls humains : de mettre au centre de ses pratiques le vivant (la biosphère) dans son entier. L’ESS, par ses valeurs mêmes (solidarité, entraide, partage…) est détentrice d’une grande force d’innovation dans les usages des ressources de manière à préserver et à régénérer notre planète.
En France, l’ESS est particulièrement présente dans le secteur agricole. En 2020, 75% des agriculteur·rice·s sont membres d’une coopérative et 40% du chiffre d’affaires de l’agro-alimentaire est d’origine coopérative. L’ESS représente 35 700 emplois dans la production et l’industrie agro-alimentaire (Source ESS France et Espace.fr, date de la référence 2020 sur les chiffres de l’ESS).
Nées au 13ième siècle dans les montagnes du Jura, les fruitières constituent le plus ancien modèle de production coopérative connu en France. Avec des troupeaux de taille modeste (de une à quatre vaches), la majorité des éleveurs ont dû mettre en commun leur production de lait pour le conserver et fabriquer un fromage artisanal de grande taille. De plus, un lieu unique et mutualisé pour le chauffage du lait réduisait les risques d’incendie très élevés dans les habitations couvertes en paille.
Ce type original d’industrie collective s’est surtout développé au 18ième siècle et a survécu aux principes individualistes de la Révolution, grâce notamment à l’attachement des populations à cette institution traditionnelle.
L’annuaire du Jura de 1821 donne une définition de la fruitière jurassienne : « association composée d’individus qui réunissent en commun le lait des vaches dont ils sont possesseurs. Le fromage est ensuite partagé proportionnellement à ce que chacun des associés a fourni ».
Aujourd’hui, le terme de fruitière subsiste pour désigner des fromageries artisanales et très souvent coopératives. Elles sont courantes dans le Jura pour la fabrication du Comté (une soixantaine) et dans les Alpes, particulièrement en Savoie, pour la fabrication du Beaufort.
A Champagnole, sur les plateaux jurassiens, début 1900. Comme au XVIIIième siècle, le lait est apporté tous les jours au « chalet », nom du local mis en commun qui abrite la chaudière et où sera fabriqué et affiné le fromage. C’est aussi un lieu de convivialité qui rythme quotidiennement la vie du village qui abrite trois fruitières en 1881. En dehors de la charrette à chien et du cycliste, les modes de transport du lait sont restés ancestraux.
Mais c’est en Poitou-Charentes que l’essor de la coopération laitière est le plus remarquable. En 1888, Eugène Biraud crée la première laiterie coopérative de France à Saint-Georges-du-Bois , près de Surgères, en Charente Maritime. Elle regroupe rapidement 90 agriculteurs (330 vaches) et permet de changer le lait en beurre plus facilement et de fournir un produit de qualité supérieure. On comptera 110 beurreries coopératives en 1908 et le modèle inspirera d’autres secteurs de l’agriculture locale, comme les distilleries. [Les mouvements coopératifs et mutualistes de Poitou-Charentes, Inventaire du Patrimoine, 2013.]
Jusqu’au début du XXe siècle, la plupart des communautés rurales limousines composées de petites exploitations familiales de moins de 10 ha vivent difficilement. Sur ces terres pauvres l’entraide villageoise, appelée “l’arban”, s’est particulièrement développée. Celui-ci désigne le travail collectif d’intérêt général effectué par la communauté villageoise au service du bien commun. Les cartes postales éditées dans les années 1900-1930 en Limousin donnent un aperçu de l’arban.

En même temps que le développement important des villes et de l’industrie, le monde agricole se dote de structures d’entraide et de solidarité sous la forme de syndicats, de coopératives ou de caisses mutuelles.
Le premier syndicat agricole est créé le 7 juillet 1883 par 70 agriculteurs du Loir et Cher. Leur but : obtenir de meilleurs tarifs pour les engrais et aliments pour le bétail, mais aussi pour les achats collectifs. Ces “syndicats boutiques” proposent rapidement les premières assurances mutuelles et créent ensuite des coopératives pour mieux vendre les produits.
La Vendée est un des premiers départements à se doter de syndicats agricoles. Le Syndicat Agricole Départemental, d’obédience républicaine, est créé en 1886 en réponse au Syndicat des Agriculteurs de la Vendée créé quelques mois plus tôt et défendu par l’aristocratie vendéenne. La coopérative du Syndicat agricole départemental, affilié à l’Union des Syndicats Agricoles, est créée en 1920. De son côté, le Syndicat des Agriculteurs de la Vendée assure la gestion d’une coopérative de consommation et la publication d’un bulletin hebdomadaire. En 1926, sera créée la Coopérative Agricole des Producteurs de la Vendée, notamment pour vendre les céréales des adhérents.
En Limousin, les syndicats agricoles sont fréquents dans les communes les plus importantes. Mais les coopératives agricoles de production restent rares.
On notera seulement à la même époque l’existence de la coopérative des blés de Brive et de la coopérative fruitière du Bas Limousin et du Haut Quercy.
Joseph Faure, le père des Chambres d’agriculture, écrivait que « nul ne songeait à venir en aide aux paysans dans leur navrante détresse, chaque jour bafoués et méprisés ». En 1905, il put créer, avec douze agriculteurs de la région d’Argentat en Corrèze, le premier syndicat agricole, et en 1918, une Fédération syndicale des groupements corréziens qui n’était « ni plus ni moins qu’une boutique coopérative d’engrais ».
En 1910, il signe une tribune dans le Paysan (Journal hebdomadaire fondé en 1898 par Paul Mazeaud, natif de Masseret) indiquant que les paysans bien organisés pourront alimenter demain sans problème les villes mais en tirant un juste prix de leurs produits. Il interpelle ainsi les gens des villes :
« Vous avez donné aux terriens l’exemple de l’union pour la défense de vos intérêts ; le jour est proche où les agriculteurs sauront s’associer, s’unir, s’armer en bataillons pour la lutte économique. Déjà de nombreux syndicats agricoles se forment. De tous côtés l’élan mutualiste se manifeste. Les coopératives de production germent à foison. Bientôt, l’individualisme étroit du paysan aura totalement disparu. L’humble cultivateur gagnera la considération attachée à la dignité de sa personne et de sa profession”.
Début 1909 la Corrèze compte 16 syndicats agricoles, 26 mutuelles-bétail, 5 caisses locales de crédit agricole. Le syndicat de Joseph Faure a 500 adhérents.
Au début du XXe siècle, Marius Vazeilles, garde général des Eaux et Forêts, est chargé de la mise en valeur du plateau de Millevaches. Après avoir quitté l’administration en 1919, il s’installe à Meymac, comme pépiniériste et expert-forestier. Devenu « propagandiste de la forêt », il mobilise les petits paysans du plateau dans la plantation d’arbres pour tirer un revenu de leurs terres non cultivables. En 1921, dans le premier numéro du Travailleur de la Terre (1921), il défend l’idée que pour réussir durablement, un syndicat agricole devait s’engager dans la coopération : il s’agit, non seulement d’acheter des engrais et quelques instruments agricoles, mais aussi d’organiser la vente des produits du sol.
Il encourage la création de syndicats agricoles, avec 15 syndicats regroupant une cinquantaine de communes corréziennes dans les années 1920. Secrétaire de la Fédération des paysans travailleurs, ce militant communiste a été député de la circonscription d’Ussel en 1936.
Après 1945, d’autres solidarités se développent avec les Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (CUMA). Ce sont des structures ouvertes où tout exploitant peut adhérer, ce qui a permis aux petites et aux grandes exploitations de travailler ensemble.
De nombreuses autres suivirent en fonction soit des caractéristiques locales, comme à Châteauneuf-la-Forêt/Neuvic, avec une CUMA spécialisée dans le bois, soit de besoins spécifiques, comme pour l’assainissement ou le drainage.
Paul Le Saux (1921-1999) est un paysan originaire du Finistère, membre de l’équipe nationale de la Jeunesse Agricole Catholique (JAC) dans les années 1940, venu s’installer comme éleveur en Haute-Vienne. D’abord métayer puis fermier, il devient dirigeant du syndicat national des fermiers métayers dans les années 1970 et s’engage activement dans l’économie sociale. Sa première action militante fut la mise en œuvre au plan national d’une exposition itinérante sur l’amélioration de l’habitat rural, une extraordinaire manifestation d’éducation populaire qui sillonna en camion la France de 1947 à 1950 avec près de 500 000 visiteurs. En 1962, il crée avec Jean Brégéras, Max Faure et Jean Pauliat la CUMA Le Vigen-Solignac; il est également administrateur de la boulangerie coopérative La Valoine.
Pour répondre à un besoin de main d’œuvre, des agriculteurs ont recours à des groupements d’employeurs (GE) pour recruter des salariés. Ceux-ci peuvent prendre une forme coopérative ou associative. Dans ce cadre, la main-d’œuvre est mise à disposition par le GE. Les salariés partagent leur temps de travail sur plusieurs exploitations en fonction de leurs compétences et des besoins des agriculteurs.
Les Groupements d’Employeurs (GE) sont nés dans l’agriculture en Poitou-Charentes au milieu des années 1980.
La loi du 25 juillet 1985 a permis de légaliser cette pratique, alors largement répandue dans le milieu agricole. Aujourd’hui, il existe quatre types de Groupements d’Employeurs : Les Groupements d’Employeurs Agricoles (qui englobent les GE agricoles traditionnels, les GE agricoles départementaux et les services de remplacement), les Groupements d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification (GEIQ), les Groupements d’Employeurs «classiques»
Dès la fin des années 1990, ils se sont progressivement développés sur l’ensemble du territoire national et dans l’ensemble des secteurs d’activités (artisanat, BTP, industrie, sport, animation, culture, services à la personne, santé, social et médico-social…).
Au début des années 2000, le milieu culturel commence à s’intéresser à ce modèle de mutualisation des moyens et des compétences.
Le mouvement français des Maisons Familiales Rurales (MFR) est un acteur associatif engagé de la société civile qui agit depuis son origine pour la formation et l’éducation en France et dans le monde. Initiées en France en 1937, les MFR se sont constituées en associations (loi 1901). Chaque MFR est un établissement scolaire qui propose des formations par alternance à tous les niveaux de l’enseignement professionnel (de la 4ème à la licence professionnelle). Les jeunes ou les adultes présents dans les MFR sont soit des élèves sous statut scolaire dépendant du ministère de l’Agriculture, soit des apprentis ou pré-apprentis principalement dans des formations de l’Éducation nationale, ou soit des stagiaires de la formation professionnelle continue. Les MFR se caractérisent par leur approche éducative spécifique et leur pédagogie qui associe la formation générale et la formation professionnelle en étroite relation avec les réalités du terrain, l’accueil en internat et en petits groupes, le suivi personnalisé des élèves, l’implication des parents et des entreprises, l’émergence du projet de chacun et chacune, le rôle d’accompagnement des moniteurs. Ce métier spécifique regroupe les missions d’éducation, d’animation et de formation.
La Maison Familiale Rurale (MFR) – Centre de Formation d’Apprentis (CFA) Périgord-Limousin dispose de deux sites de formation :
Disposer de terres est la condition préalable pour réaliser un projet agricole. Et nombreux sont en France les jeunes paysans en quête de fermes à exploiter. Le vieillissement des exploitants dont l’âge moyen est proche de 50 ans, ainsi que l’absence de successeurs ne permettent cependant pas à ces nouveaux postulants, souvent porteurs d’une agriculture écologique et durable, d’accéder à la terre. Son prix moyen qui a doublé en 20 ans atteint actuellement 6 000 € l’hecctare.
Deux cents exploitations disparaissent chaque semaine faute de repreneurs. En 2020 la France totalise moins de 400 000 exploitations agricoles dont la superficie moyenne est de 69 ha en France métropolitaine et 5 dans les département d’Outre mer (source : recensement Ministère de l’Agriculture)
Ce sont autant de milliers d’hectares, susceptibles de spéculation foncière, qui se transforment en zones à urbaniser ou servent à l’agrandissement des fermes voisines.
La préservation et la transmission des terres agricoles est un problème qui se pose aujourd’hui avec une grande acuité. L’économie sociale et solidaire peut contribuer à apporter des solutions à cette difficulté d’accès au foncier pour les jeunes paysans. Son enjeu est aussi celui de l’avenir d’une agriculture à la fois nourricière, saine et durable.
En 2022, après seulement quelques années d’existence, l’association Terre de Liens Limousin créée en 2011, a acquis huit fermes en Corrèze, Creuse et Haute-Vienne. Sur un total de plus de 350 hectares cultivables soustraits au marché et à la spéculation, l’association a facilité l’accès à la terre et l’installation de nouveaux paysans désireux de développer une agriculture durable.

Terre de Liens est née en 2003 de la convergence de plusieurs mouvements liant l’éducation populaire, l’agriculture biologique, la finance éthique, l’économie solidaire et le développement rural.
Le mouvement a inventé de nouveaux outils capables d’enrayer la disparition des terres et de faciliter l’accès au foncier agricole pour de nouvelles installations paysannes.
Terre de Liens est à la fois une fédération de 19 associations régionales, une entreprise de l’ESS et une fondation. Son entreprise d’utilité sociale, La Foncière, qui récolte de l’épargne solidaire, achète des fermes et des terres qu’elle soustrait au marché et à la spéculation. La Fondation préserve ce patrimoine foncier à long terme. Elle contribue à l’agrandir grâce aux dons d’argent (mécénat) et aux legs de fermes qu’elle est habilitée à recevoir. La Fondation garantit un usage responsable des territoires et de leurs ressources en installant des fermiers locataires aux pratiques respectueuses de l’environnement. Le réseau associatif Terre de liens accueille et accompagne les paysans pour leur accès à la terre, informe et rassemble le public dans une dynamique locale autour des enjeux fonciers et agricoles actuels.
S’installer comme exploitant agricole, c’est de plus en plus rarement reprendre la ferme familiale comme autrefois. Même l’exploitation en couple, aujourd’hui encore majoritaire, évolue. Les investissements en matériels, machines, animaux et fournitures font que l’installation est devenue un parcours du combattant semé d’endettement pour le jeune agriculteur ou agricultrice.
Au niveau du temps et de l’organisation du travail à la ferme, la situation a aussi rapidement évolué. Le besoin de congés, de temps libre pour d’autres activités apparaît désormais nécessaire.
Face à ce véritable défi, l’ESS offre des solutions pouvant faciliter à la fois l’installation, l’organisation du travail dans l’exploitation, ainsi que les projets personnels de mise en œuvre d’une agriculture paysanne durable.
En 2015, Terre de Liens a aidé onze jeunes agriculteurs à s’installer sur la ferme de la Tournerie à Coussac-Bonneval (Haute-Vienne). A l’origine, il s’agissait d’une exploitation d’élevage de vaches limousines. Les agriculteurs se diversifient désormais dans l’élevage de vaches, de chèvres, le maraîchage et la production de fromage en agriculture bio. Les produits issus de la Tournerie sont vendus directement à la ferme mais aussi dans les circuits courts.
Deux mouvements coopératifs, créés en 1947, fusionnent en 1966, et après plusieurs changements de nom, deviennent Coop de France en 2003, puis en 2019 la Coopération agricole qui représente actuellement environ 2000 coopératives. Fédération nationale d’entreprises, elle est la représentation unifiée des coopératives agricoles, agroalimentaires et forestières françaises. Elle est structurée autour de pôles animal, végétal et agroalimentaire.
Vidéo de présentation réalisée par la Coopération agricole.
L’histoire de ces coopératives, qui se sont créées en Limousin à partir des années 1970 – dix ans après celles des Landes de Gascogne – est liée au développement de la sylviculture intensive dans les zones de forte déprise rurale comme le plateau de Millevaches. Ces coopératives interviennent techniquement au bénéfice des propriétaires adhérents-sociétaires, de la plantation des arbres jusqu’à la commercialisation des bois en passant par l’entretien des futaies et les coupes.
En Limousin, les coopératives de sylviculteurs ont une histoire un peu hors norme. Elles sont parties de petites coopératives forestières locales d’une dizaine de membres qui ont fusionné en cascade au cours des dernières décennies avec d’autres coopératives dont certaines se situaient hors Région. Ces regroupements forment aujourd’hui des organismes puissants qui opèrent sur une grande partie du pays.
Aujourd’hui, de plus en plus d’initiatives naissent pour proposer des alternatives à la gestion industrielle de la ressource bois locale. Groupes de réflexion, professionnels, collectifs de citoyens.
Sur le seul territoire limousin, trois grosses coopératives interviennent pour l’exploitation et la gestion de forêts privées :

La plus grande coopérative forestière de France qui regroupe 40 000 adhérents. Son activité s’étend sur toute la moitié ouest du pays, son siège social est à Bazas près de Bordeaux.

La Coopérative Forestière Bourgogne Limousin (CFLB) a 15 000 adhérents et couvre un vaste secteur au centre de la France. Son siège social est à Ussel en haute Corrèze

Unisylva regroupe 12 000 adhérents et est également implantée au centre du pays. Son siège social est à Limoges, son siège administratif à Bourges.
L’activité des coopératives forestières françaises en quelques chiffres (source : Union de la Coopération Forestière en France, 2020)
Une SCIC, Certification et Gestion Forestière, dont le siège est à Brive (19), regroupe des utilisateurs (papeterie, industriels du bois) et des approvisionneurs (syndicat des scieurs, exploitants) limousins souhaitant développer la certification FSC (Forest Stewardship Council) pour leurs bois. Celle-ci prend en compte des enjeux environnementaux et sociaux, ce qui implique un effort de production et de transformation du bois plus responsable. La SCIC gère ce service de certification pour ses adhérents coopérateurs.

Créée en décembre 2015, Océalia résulte du rapprochement de deux coopératives issues du Poitou-Charentes dont l’existence remonte aux années 30, à la naissance de la coopération. En décembre 2019, Natéa coopérative basée en Limousin, elle-même issue de fusions locales rejoint ce groupe.
Océalia comprend 10 000 adhérents et 1 500 salariés engagés. Ses activités sont liées à la production végétale et animale, à la viticulture. Elle propose aussi de la logistique, des aliments pour les animaux et de la jardinerie.

Il prendra deux ans plus tard le statut de coopérative agricole. La coopérative comprend entre autres un service commercial pour les bovins et un centre de tri du bétail.

Ce sont environ 500 éleveurs limousins, qui mettent en commun leur production afin de la commercialiser directement à des bouchers détaillants, des grossistes ou à de grandes surfaces. Baronet-IGP Agneau du Limousin est une marque de la coopérative avec l’Indication Géographique Protégée (IGP).

La Celmar coopérative créée à la Souterraine, à la jonction entre le Berry, le Poitou et le Limousin, est née à la fin des années 1960, regroupant une centaine d’éleveurs.
Cette coopérative, créée en 1994 est née de la fusion de trois coopératives bovines départementales et d’une coopérative ovine. Regroupant plus de 500 éleveurs adhérents, sa “zone de reconnaissance” se situe sur les départements de la Creuse, de l’Indre, de la Corrèze, de l’Allier et du Cher.
La laiterie des Fayes, fondée en 1942, en Haute-Vienne, se transforme en coopérative laitière en 1953. A présent, elle fait partie du groupe coopératif Terra Lacta.
Les associations ouvrières de production du XIXe siècle naissent du refus du capitalisme de faire “disparaître l’hostilité qui existe entre les chefs d’industries et les ouvriers” [extrait des statuts du premier contrat d’association de travailleurs, l’Association chrétienne des ouvriers bijoutiers en doré” (1834)] ainsi que du désir de revenir à un métier « réglé » (libre) auquel se superposent les idées neuves de fraternité et d’association portées notamment par la Révolution de février 1848.
Sous l’Ancien régime, on distingue les « métiers libres » ou « métiers réglés », qui sont relativement autonomes et ne dépendent que des municipalités (échevins, maires,…), et les « métiers jurés », qui sont sous la tutelle de l’administration royale.
Ces idéaux sont relayés à Limoges par de jeunes bourgeois « avancés », alliés à l’aristocratie ouvrière des fabriques de porcelaine.
La Société fraternelle des ouvriers porcelainiers dite «l’Association», au capital réparti entre quarante-quatre ouvriers sous la direction de Charles Ricroch, naît en 1850. C’est la plus ancienne AOP de la région. D’autres coopératives moins importantes et plus éphémères apparaissent dans la ville sous la IIe République. Seule l’Association continue d’exister jusqu’en 1867, mais elle se heurte à la diversité des statuts et des conditions de ses ouvriers. Néanmoins des avancées plus durables se produiront malgré ces obstacles dans les milieux professionnels moins hiérarchisés. En 1915 une loi harmonise les statuts des AOP qui deviennent des Sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP) ; d’autres lois, dont celle spécifique aux SCOP, viendront moderniser leur mode de fonctionnement. La compétence professionnelle reste la base de l’adhésion.
En 1905 à Limoges, la Société des Ouvriers Plombiers Couvreurs Zingueurs (SOPCZ) est fondée par sept ouvriers licenciés pour fait de grève. En 1929, elle construit la toiture de la Gare de Limoges, sa première réalisation d’envergure. La SOPCZ étend ensuite ses activités au génie civil et aux travaux publics. Placée en liquidation judiciaire en mars 2024, elle a été reprise par le groupe ALLEZ Energie.
L’Avenir Électrique de Limoges (AEL) a été fondée en 1920 par des ouvriers électriciens licenciés pour fait de grève. D’abord atelier de réparation de matériel électrique, l’AEL obtient en 1925, des travaux d’aménagement électrique à Lyon, Blois, etc. ainsi que dans la Haute-Vienne, la Creuse et l’Indre. En 1933, l’AEL devient concessionnaire de réseaux électriques de syndicats intercommunaux (Haute-Vienne, Creuse). Après la nationalisation de l’électricité en 1946, l’AEL prospère dans l’activité électricité bâtiment. En 1980, la SCOP reprend l’activité de construction de lignes pour les syndicats d’électrification. En 2006, l’acquisition d’un fonds de commerce spécialisé dans la signalisation ferroviaire vient étoffer ses compétences. Elle travaille également à l’aménagement des équipements des personnes à mobilité réduite. Elle compte 200 salariés aujourd’hui.
Composée à l’origine (1906) de seize coopérateurs et de sept apprentis, elle a fonctionné jusqu’en 1982. Elle est localisée au Moulin des Vergnes à Felletin en Creuse.
Le bâtiment a été spécifiquement construit pour l’activité de la coopérative. Au plus fort de son activité, ce sont environ quatre-vingt diamantaires qui y travaillent. Après sa fermeture, le site a été transformé en musée. Il valorise les anciens savoir-faire de la diamanterie.
Le lieu, c’est l’ancienne coopérative diamantaire La Felletinoise. L’homme, c’est Pierre Barbier, l’un des derniers ouvriers de la diamanterie. Le film, c’est celui d’Annie Miller, consacré à l’histoire de ce lieu au travers du regard de cet homme.
C’est une entreprise familiale créée en 1931 à Limoges, spécialisée dans les travaux de restauration et réhabilitation du patrimoine ancien et des monuments historiques. Depuis décembre 2010 l’entreprise Blanchon est une Société Coopérative et Participative (SCOP) dont la grande majorité des salariés sont sociétaires.
Elle a été fondée à Vignols en Corrèze dans les années 1950 par deux frères. En 2013 elle s’est transformée en SCOP et compte aujourd’hui une dizaine de salariés. Spécialisée dans la fabrication de machines-outils, Parveau s’est tout d’abord positionnée en direction des fabricants de meubles en bois massifs. Au fil du temps, l’entreprise a évolué : elle conçoit, commercialise et réalise des machines de menuiserie industrielle aussi bien pour le bois, que le PVC et l’aluminium.
Il existe depuis plus d’un siècle ! C’est Francis Chigot, maître verrier, qui l’a fondé en 1907 dans le quartier de la cathédrale à Limoges. L’atelier du vitrail perpétue la tradition du métier d’art et le savoir-faire limousin de Francis Chigot depuis plus d’un siècle. Il déploie sa technique au profit de collections privées et du monde institutionnel, en France mais aussi dans le monde, pour la création et la restauration de vitraux civils ou du patrimoine.
Cette entreprise d’artisanat d’art reprend et prolonge sous la forme moderne d’une société coopérative et participative (SCOP) créée en 1960 les traditions des corporations et du compagnonnage.
Des limousins ont été également à l’origine d’entreprises coopératives en dehors de la région. La plus importante et la plus emblématique est sans doute “L’Avenir” , créée à Lyon par un maçon corrézien migrant, Antoine Charial. Né au Bec, dans la commune de Gourdon Murat (19) en 1885, il arrive à Lyon au tournant du siècle, et fonde en 1909 une amicale pour les migrants limousins. Passionné de solidarités, sensible aux puissantes influences anarcho-syndicalistes de l’époque à Lyon, il participe activement à la grève victorieuse des maçons en 1910 avant d’être élu en 1913 secrétaire de l’Union départementale de la CGT. Mais c’est après la guerre qu’avec l’appui du maire Edouard Herriot, il crée le 24 avril 1919 une “société ouvrière coopérative, entreprise de bâtiments et de travaux publics”, L’Avenir. La société se voit confier de grosses commandes sur Lyon (Habitations Bon Marché, Hôtel des Postes, faculté de médecine…) ainsi que l’hôtel de ville de Villeurbanne et l’hôpital de Vienne. Elle emploie en 1930 plus de 1000 salariés qui, coopérateurs ou non, auront droit à une retraite à 60 ans et après 20 ans de travail. En 1945, il est nommé président d’honneur de la Confédération des SCOP, administrateur de la Caisse centrale du crédit coopératif, membre du Comité central de l’Alliance coopérative internationale et président du Comité auxiliaire de production de l’Alliance coopérative internationale [source Maitron]. Après la mort d’Antoine Charial en 1965, l’Avenir s’illustre encore par de belles réalisations comme le musée gallo-romain de Fourvière ou l’auditorium de la Part-Dieu. Elle sera absorbée en 1992 par le Groupe Effage [Extrait du cahier de l’Amicale des Limousins de Lyon, 2009].
Les sociétés coopératives ne relèvent pas seulement des secteurs productifs primaires (agriculture et mines) et secondaires (industrie), elles interviennent dans les activités tertiaires des services et du commerce (culture informatique, communication, formation, … ). De telles activités existent également sous forme d’association.
Quelques exemples en Limousin ci-dessous pour le montrer.
En 2010, une librairie ouvre ses portes à Uzerche. Après avoir suspendu ses activités, la dirigeante s’associe avec une deuxième personne pour créer une librairie-tartinerie, La petite marchande d’histoires sous forme de société coopérative : ce choix s’avère adapté au fonctionnement de l’entreprise. Cette librairie spécialisée dans la littérature jeunesse s’est installée sur une ancienne friche industrielle transformée en éco-quartier.
La Navette est une agence de rédacteurs spécialisée dans le traitement de l’information sur l’économie sociale et solidaire et plus particulièrement sur la vie associative. Installée depuis 2007 à Faux-la-montagne, La Navette y poursuit l’activité créée en 1996 en région parisienne dans une entité (La Péniche) qui s’est scindée en plusieurs entreprises début 2007, suite à l’installation de l’équipe en Limousin. La Navette a un fonctionnement coopératif autogéré. Constituée en Scop, ses salariés en sont les seuls actionnaires. Ils ont fait le choix de travailler à temps partiel pour permettre de créer plus d’emplois. Ce choix leur permet aussi une plus grande disponibilité pour participer à diverses activités associatives sur le plateau de Millevaches où ils sont installés.
Cesam est un établissement limousin de la coopérative d’entrepreneurs Oxalis. Il propose aux créateurs un cadre collectif pour travailler autrement, en accompagnant le démarrage et le développement de leurs activités individuelles ou collectives, rurales ou urbaines. Il forme donc un réseau de compétences multiples, locales et nationales, au service des professionnels et particuliers du territoire.
Le Temps de Vivre est une Société Coopérative d’Intérêt collectif qui comprend un café-librairie-papeterie-jeux et un tiers-lieu. Le tiers-lieu comprend des espaces de travail partagés et d’autres réservés aux animations. Ce sont une quarantaine de coopérateurs qui participent au projet.
Les chiffonniers, les métiers de la récupération, sont des activités anciennes, avant la société du gaspillage et de la bio-destruction, quand existait un autre rapport aux ressources et à l’environnement. Aujourd’hui, qualifiées d’économie circulaire, ces pratiques reviennent en force et intègrent la vie quotidienne (tri, recyclage etc.), poussées par la crise écologique.
En 1954, dans ces dures années d’après Guerre, l’abbé Pierre eut le génie de fonder Les communautés d’Emmaüs à partir des activités de la récupération et de la réhabilitation des objets pour lutter concrètement contre l’exclusion, la pauvreté et pour la dignité de personnes ayant sombré dans la pauvreté et la solitude.
Ses communautés de travail et de vie, les compagnons d’Emmaüs, mettaient avant l’heure l’écologie environnementale au service de l écologie morale.
Depuis le début des années 2000, face à la crise écologique, un réseau associatif de “nouveaux chiffonniers”, celui des ressourceries, conjugue dans ses boutiques, entrepôts et ateliers, actions de préservation de l’environnement avec la récupération et le recyclage.
Le Monde Allant Vers, est une ressourcerie située à Eymoutiers en Haute-Vienne. C’est une structure associative qui gère la récupération, la valorisation et la revente de biens. En parallèle, elle propose des actions d’éducation et de sensibilisation à l’environnement afin de lutter contre le gaspillage et l’hyperconsommation.
Les ressourceries, secteur très dynamique au sein de l’ESS, se multiplient rapidement. Actuellement, en 2020, plus d’une douzaine de ressourceries associatives existent pour les seuls départements limousins. Elles jouent également un rôle social particulier en créant également des emplois d’insertion.
Recyclabulle : C’est quoi une ressourcerie ?
Aujourd’hui, s’ajoutant à la maison et au lieu du travail, de nouveaux espaces sociaux appelés Tiers-lieux se multiplient, répondant à de nouveaux besoins et activités qui se croisent dans un même lieu.
L’esprit de rencontre, de coopération, de solidarité préside à l’existence de ces espaces locaux créateurs d’activités collectives et de liens sociaux (usages du numérique, médias locaux, café associatif etc.) . L’émergence de nouvelles méthodes de production avec le télétravail et le coworking a favorisé le développement de ces lieux hybrides où tout un chacun peut venir travailler à distance, entreprendre et produire autrement de façon innovante et collaborative…
Les tiers-lieux (fablabs, espaces de coworking, espaces hybrides), à travers leurs espaces partagés pour travailler, se rencontrer, fabriquer, consommer, sont des relais de proximité pour la population. Ils répondent à ce besoin d’accueillir ces nouvelles formes de travail et de vie sociale en leur offrant un environnement créatif propice à la production, à la réflexion, aux échanges et à la convivialité. Nouvelles zones d’activité, ils rassemblent notamment des travailleurs indépendants qui n’ont plus d’usine ni de bureau, ils concilient aspects professionnel et personnel (le lieu de travail se confond avec le lieu de vie). Leur nombre augmente très rapidement.
L’ESS, à travers ses idées de coopération des acteurs, de démocratie et de co-construction des projets, a été pionnière dans le développement de tiers-lieux sous forme d’associations ou de coopératives. Cependant, nombre d’investisseurs privés se sont emparés du concept réduisant les tiers lieux en simples locations immobilières à vocation financière de locaux partagés.
Au début des années 2020, en Nouvelle Aquitaine, le réseau la coopérative tiers lieu(x) recense environ 300 tiers-lieux pour cette seule région. Un nombre qui évolue rapidement. Une majorité de ces tiers-lieux, non lucratifs ou à lucrativité limitée (associations, coopératives) appartiennent à l’ESS.
En 2021, dans les trois départements limousins, on dénombre :
Sommaire
×