S’émanciper, se divertir, se former
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ToggleL’éducation populaire est un courant de pensée et d’action qui cherche à promouvoir une éducation pour les jeunes et les adultes en dehors des institutions scolaires traditionnelles. Elle vise une transformation de la société fondée sur la capacité de chaque citoyen.
La conception de l’éducation populaire en France repose sur le Rapport de Condorcet sur l’Instruction Publique d’avril 1792. Selon Frédéric Chateigner, le Rapport accorde à l’éducation extra-scolaire ou postscolaire une place éminente. Il affirme que l’instruction ne doit pas « abandonner les individus au moment où ils sortent des écoles » mais se prolonger « pendant toute la durée de la vie ». Condorcet inventorie les enseignements utiles aux adultes : entretien des connaissances acquises à l’école, diffusion des savoirs, agronomiques et économiques, apprentissage de « l’art de s’instruire soi-même » en utilisant dictionnaires, cartes, récits, notes…
L’éducation populaire se concrétise ensuite par
La plus ancienne association laïque d’enseignement mutuel de France, La Société pour l’instruction élémentaire, a été constituée en 1815. Elle essaime à travers le pays et a pour objet la propagation de ce type d’enseignement. Les écoles mutuelles sont pour la plupart des classes uniques avec un seul maître où les élèves transmettent leurs connaissances aux débutants.
En Limousin, avec la contribution efficace du mouvement ouvrier et coopérateur, l’éducation populaire s’ancre progressivement.
En 1866, le tailleur de pierres creusois Jean Petit est le troisième à participer à la souscription pour la « Ligue Française de l’Enseignement » lancée par Jean Macé. Il adhère à son Manifeste qui défend l’idée que seule la formation des citoyens permet l’émergence de la démocratie et qu’elle est l’instrument de l’action politique. Son appel est reçu par des milliers de personnes qui le plébiscitent. L’instruction doit être gratuite, obligatoire et laïque : elle ouvre à la raison et au progrès.
Après la fondation de l’école publique, gratuite, laïque, obligatoire en 1882 par les lois Jules Ferry, les enseignants proposent aux adultes des conférences éducatives, afin de compléter l’éducation du peuple. Tel fut le cas en 1895 de M. Beaumord, instituteur à Morterolles (Haute-Vienne), 640 habitants qui traita de sujets aussi variés que Jeanne d’Arc, Madagascar, le fumier, les grands rendements de l’agriculture…

Les « œuvres péri, post et extra scolaires » vont permettre d’offrir et de pratiquer des loisirs populaires, culturels et sportifs. Sous la IIIe République en 1894, lors du congrès de Nantes, la Ligue de l’Enseignement et son fondateur, Jean Macé, appellent les sociétés de la Ligue de l’enseignement à combler « la lacune qui existe entre la sortie de l’école et l’entrée au régiment pour le jeune homme, ou l’entrée en ménage pour la jeune fille ».
Il jette les premières bases d’une action nouvelle sous le nom de « Patronage démocratique de la jeunesse » à accomplir par des œuvres postscolaires. La Ligue s’implique de plus en plus dans les œuvres post-scolaires au moyen des patronages laïcs et de la mutualité scolaire. Agréée association nationale d’éducation populaire et de jeunesse, dès 1925, la Ligue devient « Confédération Générale des Œuvres Laïques », alors que des Fédérations apparaissent dans les différents départements français. Elle est reconnue d’utilité publique par le décret du 31 mai 1930.
Jusqu’à sa fusion en 2017 dans La Ligue de l’enseignement de Nouvelle-Aquitaine, la représentation en Région Limousin de la Ligue de l’Enseignement – Ufolim – réunissait les trois fédérations départementales (FAL 19, FOL 23 et 87) : un réseau de plus de 42 000 adhérents et 990 associations. Chacune de ces trois « Ligues de l’Enseignement » départementales contribue au développement de l’éducation et des loisirs éducatifs et elle propose chaque année des formations qualifiantes dans le domaine de l’animation
La Ligue structure ses activités culturelles, sportives et sociales de manière sectorielle et verticale : c’est la naissance des Unions Françaises des Œuvres (UFO), chacune étant spécialisée dans un domaine particulier.
La première à voir le jour, en 1928, est l’UFOLEP (Union Française des Œuvres Laïques d’éducation Physique). Elle est suivie, en 1933, de l’UFOCEL (Union Française des Œuvres du Cinéma Éducateur Laïque) et de l’UFOLEA (Union Française des Œuvres Laïques d’Éducation Artistique), et en 1934 de l’UFOVAL (Union Française des Œuvres de Vacances Laïques)..
La Ligue structure ses activités culturelles, sportives et sociales de manière sectorielle et verticale : c’est la naissance des Unions Françaises des Œuvres (UFO), chacune étant spécialisée dans un domaine particulier.
La première à voir le jour, en 1928, est l’UFOLEP (Union Française des Œuvres Laïques d’Education Physique). Elle est suivie, en 1933, de l’UFOCEL (Union Française des Œuvres du Cinéma Éducateur Laïque) et de l’UFOLEA (Union Française des Œuvres Laïques d’Education Artistique), et en 1934 de l’UFOVAL (Union Française des Œuvres de Vacances Laïques).
On pourrait définir une Université populaire comme une école populaire d’enseignement supérieur en même temps qu’une œuvre d’éducation et d’action morales et sociales.
Les universités populaires ont eu des antécédents comme
Des institutions similaires ont existé en Angleterre.
En 1896 à Montreuil, chez M. Méreaux, ébéniste, un groupe d’ouvriers se réunit le soir pour lire et s’instruire en commun. D’autres ouvriers se réunissent au faubourg Saint-Antoine, et « mettent en commun leur maigre savoir et leurs pauvres bibliothèques ». Le principal animateur du mouvement sera Georges Deherme (1867- 1937), sculpteur sur bois et typographe, avec sa revue La Coopération des idées. Des intellectuels comme le philosophe Gabriel Séailles (1852 – 1922) s’associent au mouvement.
Le 23 avril 1898 la « Coopération des idées pour l’instruction supérieure et l’éducation éthique-sociale du peuple inaugure, sous le nom d’université populaire, des conférences en soirée pour les ouvriers..
« Il y aurait lieu de créer des universités populaires pour l’enseignement supérieur et l’éducation sociale. Créées dans les grandes villes, en pleins centres ouvriers, elles devraient, pour être fréquentées, présenter le double caractère du cercle et de l’école. Elles devraient comprendre des salles de réunion du soir avec les annexes obligées, des salles de bains-douches, salles d’escrime et de gymnastique ; puis l’université populaire proprement dite avec ses bibliothèques, ses laboratoires, musées, salles de conférences, etc. L’université populaire comprendrait ainsi l’université proprement dite, le club, et une fédération des grandes sociétés d’instruction. Pour réaliser ce projet, il semblerait très pratique de créer une société civile ». La Coopération des idées septembre 1898
A partir de 1900, de nombreuses Universités populaires (U.P.) voient le jour à Paris et en province jusque dans de petites villes. De 1901 à 1906, leur nombre croît de 12 à 169… Avec des programmes et des pédagogies très différentes, ces universités veulent contribuer à une réforme de la société par l’éducation éthique-sociale de leurs membres. Elles encouragent aussi à l’action par des œuvres de solidarité.
Eprises de tolérance et vivant principalement de leurs cotisations, les universités populaires n’éviteront pas les conflits idéologiques et les difficultés financières. Dès 1903, certaines sont déjà en sommeil ou en voie de disparition. D’autres existent toujours avec des activités diverses. L’idée d’une éducation populaire supérieure qui puisse réunir les ouvriers et les intellectuels reste vivante et inspire sans cesse de nouveaux projets comme en 1968.
En 1971, la loi Delors sur la formation permanente relance l’esprit d’une éducation ouverte à tous tout au long de la vie. De nouvelles formes d’universités populaires apparaissent comme les Universités du Troisième Âge (appelées aussi « du temps libre » ou « inter-âges ») sous l’impulsion d’un universitaire toulousain, Pierre Vellas.
A Limoges, une Université populaire est créée en 1901 au Pont Saint-Etienne et adhère à la Fédération nationale. Elle demeure aujourd’hui une association de quartier dans ses locaux d’origine. Celle de Tulle ne sera créée qu’en 1910 et réunit instituteurs et cheminots. Elle organise souvent des spectacles et des concerts.
Aujourd’hui l’«Université Tous âges Culture et Loisirs » propose une cinquantaine de conférences par an ainsi que des excursions culturelles. A l’Université de Limoges se crée en 2022 une Université populaire coopérative du Limousin et ailleurs (UniPCLimA).
Les fondateurs de Peuple Et Culture (PEC) militent depuis 1945 pour la libre communication des opinions et le droit à l’éducation et à la culture. Dans leur Manifeste « Un peuple, une culture », élaboré au cours de l’été 1945, les fondateurs affirment leur intention de « rendre la culture au peuple et le peuple à la culture. Une culture vivante suscite un certain type d’homme. Elle suppose des méthodes adaptées pour transmettre la connaissance et former la personnalité. Enfin, elle entraîne la création d’institutions éducatives. Ainsi la culture populaire a besoin d’un humanisme, d’une technique, d’une organisation propres – faute de quoi, elle risque de rester prisonnière d’un enseignement périmé » ( « Un peuple, une culture », Manifeste de Peuple et Culture, 1945 ).
Peuple et Culture développe ainsi des démarches d’éducation populaire innovantes pour « produire de l’éducation » ( « Un peuple, une culture », Manifeste de Peuple et Culture, 1945 ).
Lorsque l’on évoque la coopération et les échanges scolaires français, on pense généralement à Célestin Freinet (1896-1966). Mobilisé pour la Première Guerre mondiale, il est grièvement blessé au poumon et se retrouve pratiquement aphone. Manquant de tout, de matériel didactique…de souffle et de voix, il invente une pédagogie originale qui s’appuie sur le texte libre, l’imprimerie à l’école et la correspondance avec d’autres classes. Durant sa convalescence, Freinet avait lu La Coopération à l’école primaire (Contribution à l’idée de l’école d’après-guerre), acte de foi de Barthélémy Profit, dans la pratique coopérative à l’école..
Fils de paysans, né en 1867 au Lonzac en Corrèze, il y fut instituteur, à sa sortie de l’École normale de Tulle. En 1904, quand il débute dans l’enseignement, Barthélémy Profit s’intéresse au sort familial des écoliers en même temps qu‘à l‘enseignement de la solidarité. Il s’engage alors dans la création de mutuelles scolaires avant de s’intéresser aux coopératives scolaires. Mais ce n’est vraiment qu’à partir de 1919 qu’il s’attache au développement des coopératives et de la Coopération scolaire, dont il dit : « La coopérative scolaire est une association d’enfants qui, sous l’égide de personnes amies, travaillent eux-mêmes à améliorer le milieu matériel et le milieu moral, qui conditionnent leur action ».
Célestin Freinet, fondateur de l’ICEM (Institut coopératif de l’école moderne), lui rend hommage en écrivant : « Ce qui transforme l’école française, ce sont les coopératives scolaires et nous saluons en M. Profit, leur dévoué initiateur ».
En 1929, alors que Barthélémy Profit est à la retraite, va se développer L’Office central pour la coopération à l’école (OCCE) qui devient en 1988 une Fédération nationale regroupant 102 départements.
Un autre Limousin, Eugène Gladelle, né en 1884, va fonder L’Écolier limousin et son supplément Contes et récits de l’Amis- Coop, qui connaîtra une notoriété nationale, lorsqu’il deviendra en 1953 L’Amis – Coop (supplément de la Revue de la coopération scolaire) puis Amis-Coop, en tant que magazine des jeunes coopérateurs scolaires. Revue française mensuelle diffusée exclusivement dans les écoles primaires, éditée par l’Office central de la coopération à l’école, le magazine incluait des dossiers pédagogiques, des histoires, des jeux et des bandes dessinées. La revue a paru entre octobre 1957 et mars 1990.
La coopérative scolaire, c’est l’éducation citoyenne en actes et chaque coopératives est normalement affiliée à l’OCCE..
L’importance du projet de la coopérative n’est pas tant dans son objet (sortie, voyage…) que dans la participation active et réelle des élèves à sa réalisation : échange et participation active de chacun , y compris dans la recherche des moyens pour la financer.
L’affiliation de la coopérative à l’OCCE témoigne, de la part des enseignants, d’une volonté éducative ambitieuse et de l’adhésion à son projet.
Articulées autour de pratiques pédagogiques spécifiques et des valeurs de la « coopération » (solidarité, entraide), les coopératives scolaires représentent un puissant levier éducatif pour la construction de citoyens autonomes et solidaires.
A Limoges, de jeunes prêtres appelés “abbés démocrates”, comme les abbés Maurice Goguyer-Lalande, Georges Ardant, Louis Marévéry ou Jean Desgranges agissent pour partager la doctrine sociale de l’Eglise sur le terrain et dans leur action pastorale au sein des œuvres sociales, des cercles d’études, dans des conférences contradictoires.

En 1891, le pape Léon XIII propose une ouverture de l’Église sur la société dans son encyclique “Rerum novarum”. Dans le même état d’esprit, Paul Renaudin (1973 – 1964) crée en 1894 avec des camarades de collège une petite revue Le Sillon “Pour un christianisme démocratique et social” que Marc Sangnier (1873-1950) transforme à partir de 1899, en mouvement d’éducation populaire, cherchant à réunir dans des “cercles d’études” jeunes bourgeois et ouvriers.
En s’appuyant sur les patronages catholiques, Marc Sangnier crée à partir de 1901 des instituts populaires qui organisent des cours et des conférences publiques ; il s’appuie sur les “cercles d’études” ou “cercles catholiques ouvriers” qui permettent à des jeunes d’aborder librement avec des prêtres des questions de religion, de travail et de société. Le mouvement combat à la fois l’influence de l’extrême-gauche marxiste et la presse de l’Action française monarchiste. Reçu en 1904 par le Pape lors d’un grand pèlerinage à Rome, Marc Sangnier se voit contesté par des dissensions (avec l’abbé Desgranges notamment) et par la hiérarchie ecclésiastique. La sentence tombe dans une lettre du pape Pie X à l’épiscopat français en août 1910 qui obtient la dissolution du Sillon. Marc Sangnier se soumet mais réoriente son activité.

En avril 1946, sous l’impulsion de l’abbé Gabriel Langlade, paraît le premier numéro du journal mensuel Le Sillon (référence à Marc Sangnier ?) avec comme sous-titre Journal familial limousin. Il est aujourd’hui l’expression d’une coopération des paroisses du diocèse de Limoges. Ouvert à la vie locale en Haute-Vienne et en Creuse, il offre un regard humain, spirituel et chrétien sur les événements de la société et de l’Église.

Après la guerre 1914-1918, Marc Sangnier qui a choisi l’engagement politique se consacre au combat pour la paix en organisant de grands Congrès démocratiques internationaux dès 1921 et en formant de jeunes “volontaires de la paix”. Il emprunte alors à un instituteur allemand l’idée des “Auberges de jeunesse” qui s’adressent à des jeunes épris de nature et de voyages avec un confort rudimentaire pour un prix modique.
Le mouvement s’implante lentement en France (500 A.J. en France en 1938 mais déjà plus de 2000 en Allemagne en 1933). Les mouvements laïques vont lui opposer un Centre laïque des Auberges de Jeunesse (C.L.A.J.) mais les deux associations parviendront à travailler ensemble.
Les patronages sont des organismes de bienfaisance destinés à accueillir, distraire et éduquer les jeunes gens qui sortent des écoles primaires. Les lois scolaires des années 1880 font perdre à l’Église catholique une grande part de l’enseignement qu’elle assumait en France et en 1904 les congrégations sont interdites d’enseignement. Pour garder le lien avec les jeunes générations, les paroisses vont proposer des activités pendant le temps extra-scolaire. Les patronages d’enfants vont se multiplier, tant pour les garçons que pour les filles. Leur succès incitera à la création parallèle de patronages laïques mais moins nombreux.
En Limousin, il s’agit d’un « patronage de conquête » propre à une région déjà fortement déchristianisée. Si la pratique sportive domine, l’éducation à vocation spirituelle et morale, autour des cercles d’études, a également sa place. Certaines sections sportives ont perduré jusqu’à aujourd’hui, en entrant dans des fédérations laïques ou en s’affiliant à la Fédération Sportive et Culturelle de France.
Une première génération entre 1880 et 1914

Un tout premier patronage aurait été créé dès 1845. En 1882, un jésuite fonde un groupe placé sous le vocable de Saint-Louis-de-Gonzague, repris en 1888 par un vicaire de Saint-Joseph. Les paroisses du centre-ville se dotent rapidement de patronages : Saint-Pierre-du-Queyroix en 1888, Sainte-Marie et Saint-Michel-des Lions en 1896. On en compte six avant 1900, avant que soient créés dans de nouvelles paroisses ceux du Sacré-Cœur, de Sainte-Valérie et de Saint Paul-Saint Louis.
Le jeu et le sport prennent très vite une place importante autour de la gymnastique et du football. Le patronage a aussi le souci de l’éducation et des loisirs avec des bibliothèques, des fanfares, des cercles d’études et des conférences. Il offre aussi la possibilité d’une instruction religieuse à côté du catéchisme paroissial car un prêtre de la paroisse y participe régulièrement.

En 1907, l’abbé Maurice Goguyer-Lalande fonde la Colonie de vacances pour les séjours d’été en dehors des villes et un certain nombre de patronages possèdent leur propre “colonie”. Les patronages peuvent aussi proposer des pèlerinages (Arliquet, Saint-Auvent…) ainsi que des temps de retraite (La Barde en Dordogne). Il s’agit de promouvoir un véritable espoir de renouveau pour l’Église locale au lendemain de la loi de séparation de 1905..
Entre les deux guerres
La guerre de 1914-1918 porte un rude coup aux patronages mais une relance se dessine dans les années 1920. Elle se manifeste par une extension des activités proposées : cinéma muet puis parlant, basket-ball, ping-pong, clubs radios, billard, journées de sports d’hiver. Les manifestations publiques (séances récréatives et théâtrales, kermesses) attirent de nombreuses familles des quartiers.
Les patronages vont aussi se trouver en concurrence avec les nouveaux mouvements catholiques fondés à partir des années 1925 (Jeunesse ouvrière chrétienne, Scoutisme etc.) mais l’attachement et le dévouement des anciens leur permet de se maintenir.
Source : Louis PEROUAS – Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Limousin – Tome CXXXIX 2001
Quelques patronages de Limoges : le patronage de Saint-Pierre-du-Queyroix (1888) devenu le Cercle Saint-Pierre (1929), les Cadets et Cadettes de Saint-Michel, la Saint-Antoine, la Martiale, la Saint-Louis-de-Gonzague, l’Alouette, l’Élan sportif…
Hors de Limoges : Saint Alpinien (Aixe sur Vienne), L’Etoile bleue (Saint Junien), La Gerbe (Rochechouart)…
Patronage Saint Alpinien d’Aixe-sur-Vienne, de haut en bas : clique, théâtre, activités gymniques (collection privée).
Les deux grandes coopératives de consommation de Haute-Vienne ont également mis en place des œuvres sociales pour tous, adultes et enfants.
Dans ses statuts, la coopérative l’Union avait comme objectif de « fournir à ses membres tout ce qui est nécessaire aux besoins de l’homme ». L’Union ne va donc pas seulement procurer à ses sociétaires des produits alimentaires.
Elle inaugure en 1911 une grande salle des fêtes pouvant contenir 3000 personnes. Dans cet espace se tenait non seulement des assemblées démocratiques de la coopérative, celles de la bourse du travail ou des meetings, mais aussi des spectacles artistiques, des démonstrations sportives, de nombreuses fêtes notamment corporatives, des projections de films,
En 1921, l’Union fonde son Comité des œuvres sociales et consacre à celles-ci une part de ses excédents. Le Foyer du Coopérateur situé au-dessus de la Salle des Fêtes sera son centre intellectuel. Dans sa mission d’éducation populaire, l’Union se dote en 1924 d’une bibliothèque qui compte en 1939 plus de 5000 abonnés avec un fonds de 13 000 volumes et périodiques. Des cours de français, comptabilité, arithmétique, commerce….sont donnés dans le foyer, ainsi que des conférences et causeries sur les sujets les plus divers. Ses œuvres sociales comprennent également les Jeunesses coopératives pour les activités sportives, l’École de chant, la Chorale des dames, les cours de musique, les Pupilles (principalement des orphelin.e.s de guerre). L’Union gère deux centres de colonies de vacances, l’un “Le Mas Eloi”, à la campagne près de Limoges, l’autre en bord de mer à La Boulinière dans l’Ile d’Oléron (Charente Maritime). Il existe aussi un système de garderie pour les enfants le jeudi (jour hebdomadaire de repos). Des bains-douches coopératifs sont construits à partir de 1926 contribuant à la politique d’hygiène publique.
La coopérative L’Union Syndicale ouvrière est créée en 1902 à Saint-Junien.

Elle connaît un grand essor après la guerre de 1914-18 et développe d’importantes œuvres sociales. Son action plus spécifiquement culturelle subventionne les écoles communales de la ville et leurs coopératives scolaires auxquelles elle fait don de livres, de meubles, et de marchandises diverses. Elle a choisi d’octroyer des subventions à des œuvres d’éducation (bibliothèques, concours de musique, section des photographes amateurs, etc.). L’USO développe également ses propres institutions culturelles avec une bibliothèque dotée d’ouvrages politiques et littéraires (vers 1913), qui sera à l’origine de la bibliothèque municipale. La section artistique créée dès la fin des années vingt deviendra une chorale de 1931 à 1939, qui se produira aussi bien à Saint-Junien qu’à l’extérieur, comme à la Fête de l’Humanité. L’USO accordera ensuite des subventions à l’Harmonie municipale “L’Espérance” dans laquelle se retrouvaient nombre d’enfants de coopérateurs.
La fête annuelle est une vitrine pour la coopérative, au cours de laquelle se tiennent banquets et spectacles variés, dont des représentations théâtrales, des opérettes, des comédies, etc. Le comité de la Bourse du travail, composé de membres de l’USO et de membres de l’Union Locale des Syndicats gère la programmation cinématographique, le bar, la bibliothèque ainsi que son personnel.
Si de tous temps, les pratiques corporelles, les jeux, les compétitions ont rassemblé les hommes, au XIXème siècle, le développement de l’hygiénisme et du mouvement associationniste ont donné au sport moderne. Le terme « sport » apparaît en France en 1850. Il est issu de l’ancien terme « desport» (amusement en vieux français).
La croissance des associations sportives nationales débute en Angleterre vers 1750 puis se répand avec l’industrialisation dans les autres pays au XIXe siècle.
Comme l’économie sociale, le sport moderne s’est constitué au XIXe siècle à travers des associations comme les patronages, les sociétés et les clubs sportifs. Si l’on excepte la pratique de la gymnastique dans le cadre militaire, le sport moderne, dès le départ, participe à sa manière au développement du mouvement associationniste.

Au cours de leur évolution les formes de pratiques sportives vont gagner en diversité : sport amateur, sport de haut niveau, sports de compétition, sport professionnel, sport-spectacle, sports individuels, sports collectifs, sports d’entretien, sport pour tous, sport loisir…
Le mouvement sportif s’est notamment constitué autour des notions d’éthique et de solidarité et a pris au fur et à mesure un caractère plus populaire, particulièrement en Limousin. Le sport entre dans le champ de l’économie sociale et solidaire en s’appuyant sur le bénévolat et la non lucrativité.
L’introduction du sport en France doit beaucoup au rôle des lycéens et des étudiants parisiens qui créent deux clubs encore vivants : le “Racing Club” (Racing Club de France) en 1882 et le Stade Français en 1883. En 1887, ces deux clubs fondent ensemble l’Union des Sociétés Françaises de Course à Pied (USFCP) qui devient en 1889 l’Union des Sociétés Française de Sports Athlétiques (USFSA), présidée par Georges de Saint-Clair
Tout le monde participe sans distinction. À noter une évolution dès la fin du XIXe avec la réapparition des jeux traditionnels, en lien avec les métiers : course de sac (charbonnier), joutes (marinier)…
Le sport comme outil de développement corporel et comme moyen d’harmonie sociale.
Au Moyen-Âge, les lendits sont de grandes foires, d’origine religieuse, comprennent des activités commerciales, culturelles, spirituelles, mais aussi des démonstrations de performances physiques qui réapparaissent périodiquement à partir du 19e siècle.
En 1866, la Ligue française de l’enseignement créée par Jean Macé, a souhaité développer les exercices de plein air pour les enfants et a institué tous les ans un grand concours sur le modèle des lendits entre les champions des écoles. Ces exercices réapparaissent dans les années 1930 ainsi que dans les années 1950 à 1970…
La gymnastique associative et ludique (milieu du XIXe et début XXe ) est organisée par des associations et dans des gymnases privés. Des défilés de gymnastes faisaient partie des grandes fêtes populaires.

Vers 1850, apparaissent les sports dits « modernes ». Ils vont peu à peu conquérir la France, qui se tournait plutôt vers les jeux traditionnels ou la gymnastique. Les premières courses à pied apparaissent. Ce sport est d’abord pratiqué par des Anglais venus en France. Ces premiers « sportsmen » pratiquent : aviron, course à pied, hockey et tennis sur gazon, golf, tir au pigeon, hippisme, skating (patinage). Les premiers clubs de football et de rugby ne tardent pas à apparaître, lorsque la communauté britannique locale est suffisamment nombreuse, à l’instar du Havre Athletic Club, un des plus anciens clubs français.
De 1870 à 1914, on assiste à la création des Unions, et Fédérations sportives qui vont organiser la vie institutionnelle du sport en France.
L’influence anglo-saxonne est relayée d’une part, par les deux ambassadeurs que sont le vélo et le football, et d’autre part, par les pionniers du sport dit « moderne » que sont Georges Saint Clair, Philippe Tissié et Paschal Grousset.
En Limousin, les clubs ont été créés tardivement à la fin du XIXe et au début du XX e siècles mais relativement nombreux par rapport à la démographie de la région. Le mouvement d’implantation des associations sportives en Haute-Vienne se caractérise par deux phases : des “balbutiements” de 1882 à 1912 et un “’épanouissement” de 1912 à à 1939.
Lors de cette première période (1882-1912), on voit la création d’une vingtaine de clubs. Les premiers clubs fondés sont en 1882 le Cercle de l’aviron et de la voile (devenu en 1923 Club nautique de Limoges dédié à l’aviron) et un club de cyclisme. Ils seront suivis par la société d’escrime de Saint Yrieix en 1886. En 1889 est créé le premier club omnisport dont l’activité centrale est l’athlétisme, le cercle Saint Hubert, où l’on pratique aussi l’escrime et la natation.
Dans ces clubs, se pratiquent par ordre d’importance le cyclisme (12 clubs),l’athlétisme (7 clubs), les sports nautiques (3 clubs), l’escrime et le rugby (3 clubs chacun), la lutte (un club). Les sports hippiques sont pratiqués depuis le début du XIXe siècle à Limoges (Texonnieras), à Pompadour et au Dorat.
La seconde période, de 1912 à 1939, se caractérise par les débuts du sport populaire, l’entrée dans le sport de masse avec la création des patronages..
La gymnastique reste l’activité principale des associations sportives et on assiste à la généralisation du rugby.
A partir des années 1920, le basket devient la seconde composante de la pratique sportive et le football, nouveau venu, tente de se faire une place.
Qu’ils soient laïcs ou confessionnels, les patronages ont été dès leur origine un rouage essentiel du développement des pratiques sportives et continuent d’être un facteur d’inclusion sociale importante.
Dès leur création, les premiers patronages ont intégré des sections de gymnastique ou de football. Après 1918, à la Saint-Louis-de-Gonzague, patronage de la paroisse Saint-Joseph, il était possible de pratiquer la boxe, le cross, la gymnastique, le basket-ball, plus récemment le football et le badminton.
Un club emblématique : Le Cercle Saint-Pierre (CSP)
La ville de Limoges est bien connue pour son équipe de basket et son Palais des sports de Beaublanc.
En 1929, naît le Cercle Saint-Pierre, issu d’un patronage paroissial du centre-ville de Limoges. Doté dans les années 1960 d’un lieu d’entraînement dans le quartier ouvrier des Coutures, le club poursuit sa marche en avant vers l’élite sportive du basket français. Une partie de ses activités sort alors du cadre associatif de l’ESS pour devenir un club professionnel. C’est la première équipe française à avoir gagné une coupe d’Europe des Clubs Champion en 1992.
Son histoire : https://www.limogescsp.com/histoire.html
De nombreux clubs de gymnastique sont nés dans les paroisses de Limoges et sont toujours actifs
Le Club La Patriote Limousine créé en 1886 est aujourd’hui une des plus anciennes sociétés sportives de Limoges. La Patriote Limousine de Montjovis et les Jeunesses Coopératives du Pont Saint Étienne ont été réunies en 1962 (PLJC Limoges).
Le Club des Jeunesses coopératives a été créé en 1920 par les responsables de l’Union de Limoges, qui décidèrent d’apporter une attention particulière à la jeunesse en développant des activités de loisirs et de détente pour leur permettre « d’échapper à la rue »…
Il proposait des activités de gymnastique puis une section Basket. Dans la grande salle de l’Union de Limoges, il était possible d’assister à des spectacles sportifs de lutte ou de boxe.
A Saint-Junien, La coopérative de consommation, l’Union Syndicale Ouvrière (USO) anime également des activités sportives, notamment un club de Rugby,
Ce club de basket est créé en 1983 avec son siège dans le quartier du Sablard. et joue à la salle municipale de la rue des Soeurs de la Rivière. Son équipe féminine a atteint plusieurs fois le niveau national.
Le Limoges Étudiants Club voit le jour en 1919 sous l’impulsion d’étudiants de médecine et de droit. Dans cette équipe figurait Gustave Philippon, alors jeune étudiant en droit de 19 ans et futur sénateur de la Haute-Vienne. Il perpétue la tradition du sport étudiant à travers l’Union nationale des clubs universitaires (U.N.C.U.), créée en 1961.
Héritier du Limoges Football Club (L.F.C) qui accueillait des joueurs de toute la région et a connu ses heures de gloire dans les années 1970 en participant au championnat professionnel de France de 1ère et 2ème division. Aujourd’hui, c’est un club amateur de niveau régional.
En 1941, la direction des P.T.T. de la Haute-Vienne fait appel à un jeune postier limougeaud, pour organiser la pratique de la gymnastique, du basket-ball et du football. C’est ainsi que naît l’ASPTT Limoges. En 1969, l’ASPTT Limoges regroupe 18 sections, 1500 licenciés dont des sélectionnés olympiques (André Bouchoule, Claude Mandonnaud et Bernard Lamitié). En 2005, France Télécom se désengage et l’ASPTT connaît des difficultés qu’elle surmonte avec l’aide de la ville de Limoges. L’association prend le nom d’ASPTT Limoges Omnisports et développe de nouvelles sections s’orientant vers des pratiques comme la danse urbaine et le roller artistique.
https://limoges.asptt.com/
Créé en 1919, ce club omnisports a été longtemps lié au monde cheminot de Limoges avec son stade Raoul Dautry dans une cité SNCF.
Le club résulte de l’association de cinq clubs de Limoges et de ses environs, afin de promouvoir l’athlétisme en Haute-Vienne.
https://limogesathle87.fr/wp-content/uploads/2024/12/video-LA-1.mp4
L’Union Sportive Athlétique de Limoges qui se consacre aujourd’hui au rugby à XV est issu d’un club omnisport créé en 1902, l’Association Sportive de Limoges. Le club devient après la 1ère guerre mondiale la Section Athlétique Universitaire de Limoges (SAUL) avant de prendre son nom actuel : USAL. Il a ouvert une section féminine : les Gazelles et une section de rugby-fauteuil.
Chaque année, le Tournoi de la Porcelaine rassemble à Limoges des équipes d’enfants et de jeunes venus de toute la France.
Le Club Athlétique Briviste (C.A.B.) né en 1910, devenu en 1992 Club Athlétique Brive Corrèze (C.A.B.C), est un club omnisports (athlétisme, volley-ball) Il est surtout connu par sa section rugby professionnelle présente dans l’élite du rugby français quasiment sans interruption depuis 1930 et vainqueur d’une coupe d’Europe en 1997.
https://www.cabrive-rugby.com
Dans le Limousin, nous pouvons mentionner aussi les clubs de rugby de Saint Junien, Isle, Saint Yrieix, Tulle, Ussel, Malemort, Pompadour et Guéret…
Le 12 juin 1897, 12 cyclistes italiens ont tenté à vélo le raid Rome-Naples (230 km), entre le lever et le coucher du soleil. Leur tentative fut qualifiée d’audacieuse, d’où le nom : Audax. Ce fut la naissance du cyclotourisme
Henri Desgrange, créateur du Tour de France, a relancé le grand tourisme sportif à bicyclette en important en France ce type de randonnées (qui existe également à pied ou à ski) avec pour devise : « partir et arriver ensemble ».
Cette épreuve cyclosportive renommée en France rassemble jusqu’à 700 amateurs sur plusieurs circuits tracés en Limousin à partir de Panazol.
En Limousin comme ailleurs, on assiste au développement de nouvelles pratiques sportives “libres” en dehors des clubs que l’on peut considérer comme de véritables marqueurs de notre société contemporaine.
Dans les années 1970, l’activité de loisirs physiques se renforce avec de nouveaux pratiquants, un déroulement porté par la notion de liberté et le rejet du culte de la performance…
Dès la fin du XIXe siècle, des organisations s’adaptent aux nouveaux modes de vie et de loisirs et le Limousin devient une terre appréciée pour les pratiques de plein-air.
L’économie sociale est présente dans les pratiques sportives actuelles à travers des associations ou des clubs sport-loisirs avec comme exemple à Limoges le Spiridon Amical Limousin. https://spiridon-limousin.fr
Ce mouvement général d’une pratique autonome, populaire et massive du sport, se développe notamment à travers le jogging, la randonnée.
Le Touring Club de France (TCF), créé en 1890 par un groupe de vélocipédistes, est une association, disparue en 1983, dont le but était le développement de toutes formes de tourisme : randonnées pédestres, automobilisme, motocyclisme, camping, montagne, spéléologie, équitation, aviation, photographie, archéologie, défense du patrimoine.
L’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) a été créée en 1920. Après la seconde guerre mondiale l’UNAT se consacre aux vacances et aux loisirs dans des villages vacances, des auberges de jeunesse et dans des centres sportifs. Elle accompagne l’émergence d’un tourisme populaire de qualité, qui s’appuie sur les comités d’entreprise et les partenaires syndicaux.. Elle regroupe aujourd’hui plus de 1500 établissements.
On constate la place grandissante d’une pratique éco responsable des sports de nature, du sport santé, du sport « entretien »…
Étude UNAT : Le tourisme social et solidaire en Limousin : https://www.unat.asso.fr/publications/le-tourisme-social-et-solidaire-en-limousin/
La Fédération de la Gymnastique Volontaire (FFEPGV), créée en 1972, est une association à but non lucratif, qui a pour objectif de développer la pratique du sport-santé.. Elle s’inscrit dans une tradition qui remonte au XIXe siècle sous l’influence de la gymnastique suédoise, qui considère le sport comme source de bien-être. La section régionale a été fondée en Limousin dans les années 1970.
Créée en 1928 au sein de Ligue de l’Enseignement, l’Union Française des Oeuvres Laïques d’Education Physique (UFOLEP) participe à l’éducation civique, solidariste, physique et sportive des élèves de l’enseignement public. Sa branche scolaire, l’Union Sportive de l’Enseignement du Premier Degré (USEP), initiée par une circulaire du ministre de l’Education nationale, Jean ZAY (1939) est devenue une importante fédération sportive. En 1981, l’Ufolep et l’Usep militent pour « Une autre idée du sport », avec pour devise « Tous les sports autrement ».
https://laligue.org
https://www.ufolep.org
https://www.usep.org
L’Union Nationale du Sport Scolaire du secondaire (collèges et lycées), est sous tutelle du ministère de l’Éducation Nationale. Elle compte environ 1 million de licenciés pour une proposition de plus de 100 pratiques sportives. Elle est la deuxième fédération française sportive.
La FFSU a pour objet d’organiser et de promouvoir la compétition sportive pour les étudiants des établissements d’enseignement supérieur (Universités et Écoles), du niveau régional au niveau international. Elle est en lien au sein des Universités avec les associations sportives étudiantes, les clubs civils adhérents à l’U.N.C.U (Union Nationale de Clubs Universitaires).

Cette fédération, d’inspiration catholique, développe des activités sportives, culturelles et socio-éducatives, ainsi que des actions de loisirs pour tous. Elle est issue des sections sportives des patronages paroissiaux que le Docteur Michaux fédère en 1898 en organisant un concours de gymnastique à Issy les Moulineaux.
La fédération est officialisée sous l’appellation Union des Sociétés de Gymnastique et d’Instruction militaire des patronages et œuvres de jeunesse de France (USGIMPOJF), nom qu’elle conservera jusqu’en 1901.
L’Union générale sportive de l’enseignement libre (UGSEL) est la fédération française de sport scolaire de l’enseignement privé, fondée en 1911 au sein de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France qui fédère ainsi les patronages des Ordres enseignants avec pour but de réunir la jeunesse « ouvrière » et la jeunesse « instruite ». L’UGSEL se constitue en fédération autonome en octobre 1944. C’est la plus ancienne fédération sportive scolaire française.
En 1907, le quotidien L’Humanité annonçait la création de l’Union Sportive du parti socialiste (SFIO) qui marque la naissance du sport ouvrier en France. La FSGT, née en 1934, en est aujourd’hui l’héritière. Elle a accompagné surtout sous le Front Populaire (1936) les efforts menés par le Secrétaire d’Etat Léo Lagrange en faveur des loisirs populaires (brevet sportif populaire, etc.)

Un rapport de Bernard Amsalem (ancien président de la Fédération Française d’Athlétisme et membre du Comité National Olympique et Sportif Français) démontre que le sport est au cœur de l’économie sociale. Le dossier “L’ESS et le sport, une histoire et des valeurs communes”, précise : « Le sport est le premier secteur investi par 26 000 associations sportives, soit 16 millions de licenciés (2006). Les structures de l’ESS dans le domaine du sport et des loisirs sont à 99,9 % des associations sportives. Une part très marginale a choisi de former des coopératives. Les associations sportives s’appuient largement sur le travail de très nombreux bénévoles en matière de gestion et d’organisation.”
« Les santés sont délabrées, il faut le grand air pur pour les rétablir. Les naissances sont rares, raison de plus pour conserver les vies existantes »
Abbé Maurice Goguyer-Lalande
« Les jolies colonies de vacances » ont marqué des générations de jeunes et les jardins ouvriers nés dès le XIXème , retrouvent ces dernières années une nouvelle jeunesse.
Les premières colonies de vacances datent de la toute fin du XIXe siècle : ce sont des initiatives issues à la fois d’œuvres de charité protestantes, puis catholiques et de l’école républicaine. Leur objectif est double : sanitaire et éducatif. Si l’aspect sanitaire est commun à toutes les expériences, l’aspect éducatif aura des visées opposées et prendra des formes différentes.
L’objectif sanitaire se réfère à la vision hygiéniste de la fin du XIXe siècle. Ce courant de pensée, en partie lié aux travaux de Louis Pasteur, préconise qu’une amélioration du milieu de vie (urbanisme, hygiène, assainissement des logements, vie au grand air…), permettra une amélioration de la santé ; il est partagé à la fois par les initiatives confessionnelles et laïques, comme le montre un article de La Croix en 1910 : « S’il est une œuvre admirable entre toutes, c’est bien celle des colonies de vacances qui, d’enfants chétifs, malingres ou simplement anémiés, fait des enfants forts, énergiques, bien portants, leur rendant la vie en même temps que la santé physique et morale. » ou celui du Populaire en 1936 « Pour eux –les enfants – l’aventure commence (…) Dans un mois, ils reviendront frais et roses, une flamme bleue dans les yeux. »
La fin du XIXe siècle est marquée par un climat de fort anticléricalisme. On retrouve l’opposition entre la République et l’Église catholique dans la finalité éducative des colonies de vacances. Dans les années 30, l’accueil collectif des enfants dans les colonies de vacances s’impose progressivement, notamment après l’adoption des congés payés et grâce à l’action de pédagogues, de mouvements de jeunesse (comme les scouts) et de professeurs. Le rôle du moniteur est fixé par la formation, le diplôme d’État date de 1949.
Après l’instauration des lois Jules Ferry en 1881-1882 rendant l’instruction publique, laïque et obligatoire, l’Église a eu le souci de proposer aux familles des centres de vacances afin de lutter contre l’oisiveté des enfants pendant l’été. Les responsables ecclésiastiques comptent sur le temps passé en colonie pour renforcer la foi des petits paroissiens. La colonie conforte l’action de la famille et de l’école, en vue de la formation d’une élite chrétienne et sociale. Ils alternent de très longues excursions à pied favorisant la découverte de la nature,et des bains en rivière ou en mer etc. : un ensemble d’exercices physiques jusque-là inconnus de ces enfants.
Du côté des laïques, les colonies relèvent d’abord des politiques municipales et du regard hygiéniste et médical sur la lutte contre le rachitisme ou contre la tuberculose mais aussi d’une volonté d’éducation républicaine.

Edmond Cottinet, administrateur de la caisse des écoles du IXe arrondissement de Paris, fonde l’Œuvre des colonies de vacances du IXe arrondissement de Paris et crée ainsi la première colonie de vacances scolaires avec des élèves de l’école de la rue Blanche. Dans un rapport publié en 1883, il mentionne que « les colonies de vacances sont une institution d’hygiène préventive… leur objet est une cure d’air, aidée par l’exercice naturel en pleine campagne, par la propreté, la bonne nourriture, la gaieté. »
Les colonies de vacances laïques se veulent un prolongement de l’école républicaine en apprenant aux enfants à vivre en société et à devenir des citoyens ; c’est aussi une façon de tenir la jeunesse éloignée des églises. La Ligue de l’enseignement s’appuie sur des domaines d’activités aussi divers que la culture, le sport, l’éducation, l’insertion sociale, les loisirs, le tourisme pour former des jeunes actifs et responsables par une pédagogie active. On peut citer le Centre du Mas-Éloi à Chaptelat 2(87), le Centre Adrien Roche (17) et le Centre Henri Deglane, dans les Pyrénées gérés par la F.O.L. de Haute-Vienne depuis les années 50, ou encore le Centre Louis-Gaston Roussillat, et le Centre Paul Léger à Super Besse (63), qui dépendent de la F.O.L. 23 – Fédération des Œuvres Laïques de la Creuse – et bénéficient du label «Vacances pour tous», accordé par la Ligue de l’Enseignement.
Louis-Gaston Roussillat (Saint-Vaury, 1897 – Guéret 1978)
Fils d’un artisan tailleur, il entre à l’École normale d’instituteurs de Guéret en 1913. Nommé instituteur à Fresselines, il est mobilisé en janvier 1916. Instituteur délégué à l’EPS de La Souterraine à la rentrée 1919, reçu professeur d’École Normale de Guéret, où il est chargé de l’économat, il enseigne les lettres de 1923 à 1931. En 1931-1932, il crée « Les Presses du Massif central » (société coopérative d’édition et de librairie), section des Presses universitaires de France ; il donne l’élan décisif aux œuvres laïques. Administrateur de « La Guérétoise » en 1940, il siège au comité national de la Fédération nationale des coopératives de consommation de 1945 à 1967. À la Ligue de l’enseignement, il est secrétaire général national dès 1927, puis secrétaire fondateur de la FOL de Creuse dans les années 1930, et président de 1945 à 1966. Il est le secrétaire, puis le vice-président de la Mutuelle des accidents scolaires et postscolaires de la Creuse. Il fonde un aérium et une colonie de vacances à Saint-Palais-sur-Mer (Charente-Maritime) qui, ainsi que le lycée de Saint-Vaury, portera son nom. Élu conseiller municipal de Saint-Vaury en 1935, il anime ensuite le Comité départemental de Libération. De 1945 à 1959, il appartient au conseil municipal de Guéret. Vice-président du Conseil général de la Creuse 1951 à 1958, et sa «cheville ouvrière », il est rapporteur du budget de 1945 jusqu’en 1970. Il a marqué durablement l’ESS en Creuse2.
Les colonies catholiques, pour leur part, permettent à l’Église de profiter des vacances pour regagner le terrain qu’elle ne peut plus occuper le reste de l’année. Pour ce faire, en prolongement des patronages qui fonctionnent toute l’année, une pédagogie de formation et de loisirs est mise en œuvre, en se basant sur le jeu. L’abbé Maurice Goguyer-Lalande crée en 1907 la Colonie de vacances ; les séjours des garçons ont lieu à Étagnac (Charente) et ceux des filles à Châlus (Haute-Vienne). Face au succès, la Colonie de vacances devra multiplier les lieux de séjour : Plainartige, Petit-Muret, Coyol, etc. et surtout l’île d’Aix). Implantée depuis 1934 sur l’île d’Aix, la Colonie de vacances continue encore aujourd’hui les séjours de vacances pour les familles modestes.
Maurice Goguyer-Lalande, né en Creuse en 1862, licencié en droit, se marie en 1889. Veuf en 1892, il se tourne vers la prêtrise ; ordonné prêtre en 1897, il s’intéresse rapidement aux questions sociales, aux côtés entre autres de l’abbé Marévery, et rejoint ceux qui furent appelés les “abbés démocrates”. S’inspirant de l’abbé Lemire, il fonde les jardins ouvriers à Limoges en 1905. Une autre grande réalisation, qui perdure, est la Colonie de vacances fondée en 1907 ; des générations de colons ont pu partir en vacances sous la houlette du « Grand-Père ». La même année, il met en place des mutualités scolaires pour les écoles libres. En 1908, il fonde une Caisse de prêts pour les ouvriers « sérieux, honnêtes et laborieux » ; puis en 1913 c’est la création de « La maison ouvrière » ou l’œuvre du Nid. Il faut aussi mentionner un syndicat d’institutrices libres, la Ligue d’acheteurs, l’Assistance aux vieillards, ainsi qu’une coopérative de consommation « l’Auxiliaire de Limoges ». C’est comme curé de la paroisse Sainte-Valérie qu’il organise le patronage de garçons « l’Alouette ». Nommé chancelier de l’Évêché de 1925 à 1944, il décède en 1948.
De grandes entreprises publiques ou privées ont aussi développé des colonies de vacances pour les enfants et les jeunes de leurs salariés.
1,34 million d’enfants et adolescents ont participé à des séjours avec hébergement en 2023-2024, beaucoup moins que dans les années soixante.. Selon l’historien André Rauch, le motif sanitaire lors de leur création a été remplacé par une volonté d’accès aux loisirs pour tous dans les années soixante et à la citoyenneté dans les années quatre-vingt.
Les jardins ouvriers naquirent avec la Révolution industrielle. En Angleterre, vers 1819, apparaissent les premiers « champs des pauvres ». Un peu plus tard, vers 1830, naissent à Kiel (Allemagne) les « jardins des pauvres » (Armengärten). En France, il faudra attendre 1850 pour voir les premières tentatives dans les Ardennes et la fin du XIXe siècle où s’implantent et se développent des jardins ouvriers grâce à l’action de Félicie Hervieu (1840- 1917) à Sedan, de l’abbé Volpette (1856 -1922) à Saint-Étienne et de l’abbé Jules Lemire (1853-1928) dans le Nord, fondateur en 1896 de la Ligue du Coin de Terre et du Foyer. Influencé par la publication de l’encyclique Rerum novarum en 1891, le jeune abbé Lemire commence une carrière politique en se faisant élire député du Nord en 1893 ; il sera constamment réélu jusqu’à sa mort en 1928. Attaché à la dignité des ouvriers et persuadé que le lien à la terre est un besoin fondamental de l’homme, il souhaite doter chaque famille d’une parcelle de terre inaliénable qui lui permette de subvenir à ses besoins. L’objectif poursuivi est à la fois hygiéniste et moral.

À propos des jardins ouvriers qu’il a mis en place à Brive en 1898, l’abbé Paul L’Ebraly écrivait « L’organisation est ici ce qu’elle est partout… J’ai réussi à attacher mes hommes au jardin ; ils se sentent maîtres chez eux, et en eux se réveille un instinct de la propriété qui me paraît très moral et très social… »
A sa suite, en 1907, l’abbé Maurice Goguyer-Lalande fonde à Limoges l’Association limousine pour le jardin. Lors du congrès de l’Arbre et de l’Eau de juin 19074, il expose le bienfait des jardins ouvriers qualifiés « d’œuvre d’hygiène physique et morale en même temps qu’un des meilleurs modes d’assistance par le travail. Elle consiste essentiellement à mettre les pères de famille dénués de ressources suffisantes en jouissance de parcelles d’une étendue de deux ares au moins, de quatre ares au plus. On ne leur demande aucune redevance et tous les légumes et fruits qu’ils obtiennent sont à eux. Le jardin ouvrier, c’est la vie en plein air ; c’est la lutte contre l’alcoolisme et la tuberculose. Le jardin ouvrier facilite en outre la reconstitution de la famille, encourage le travail et le relèvement moral, lutte contre la corruption des mœurs en diminuant la misère et l’oisiveté ».

Il est difficile de trouver des terrains cultivables dans les faubourgs de Limoges, car la pression foncière est forte et les propriétaires préfèrent vendre pour des constructions. Un hasard qualifié de providentiel permet d’affermer plus de deux hectares situés à Beaugaillard pour 0,05 franc le m², financés par des paroissiens. La mise de fonds est faible mais avec l’inconvénient d’être dépossédé si le terrain est vendu. Il est prévu d’y installer une quinzaine de familles. Un deuxième terrain, chemin des Ruchoux est disponible, et viennent rapidement s’y ajouter ceux de Vanteaux et du Mas-Rome. Ces quatre terrains sont occupés par 136 familles, ce qui représente environ 800 personnes ainsi secourues. En 1910, 7 hectares sont valorisés ; en 1933, on compte 500 jardins couvrant 11 hectares et concernant 2 500 bénéficiaires.
La loi du 12 avril 1906 concernant les habitations à bon marché autorise les Caisses d’Épargne à étendre leurs prêts, dans la limite de la loi du 20 juillet 1895, aux bains-douches et aux jardins ouvriers.
Il est à noter que les immeubles construits par l’Étoile de Limoges sont dotés de jardins, dans le même souci hygiéniste que pour les jardins ouvriers. Le projet d’une cité jardin ne verra pas le jour5.
Au fil des ans, la composition sociale des locataires se modifiant, une nouvelle appellation fut adoptée en 1952, celle de jardins familiaux. Mais il faut attendre les années 80 pour assister à un véritable regain d’intérêt. Les motivations ont évolué et vont se traduire par de nouvelles appellations : jardins partagés, jardins collectifs, jardins familiaux, jardins d’insertion… La vision hygiéniste n’est plus la motivation première mais de nouveaux besoins apparaissent, qu’il s’agisse de mieux se nourrir en produisant sa propre consommation avec des techniques écologiques, de reprendre contact avec la nature, d’en découvrir la richesse et la variété, qu’il s’agisse de favoriser la sociabilité et le partage, qu’il s’agisse de remettre la nature au centre-ville en profitant de la moindre parcelle de terre et de développer d’improbables cultures au milieu du bitume…
La Fédération nationale des jardins familiaux s’adapte et, en 2006, devient la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs. En 2018, elle fédère plus de 200 structures associatives, rassemble 20 000 familles de jardiniers.
Créé en 1942, Le Jardin du Cheminot s’est donné pour vocation de transmettre à ses adhérents le goût de la nature, le respect de l’environnement, le sens de l’amitié, de la solidarité en encourageant toutes les formes de jardinage. D’abord réservé au monde ferroviaire, Le Jardin du Cheminot s’est récemment ouvert à toute personne souhaitant participer aux activités proposées par l’Association ; il s’appelle désormais Jardinot et constitue l’une des plus grandes associations de jardiniers en France. Membre fondateur du Conseil National des Jardins Collectifs et Familiaux (CNJCF), Jardinot s’est fixé deux objectifs principaux : la promotion du jardinage éco-responsable ainsi que la création et la gestion de centres de jardins familiaux et collectifs.
Le jardin partagé d’Eymoutiers, né en 2012, est une association qui met en culture collective un terrain communal pour ses membres ; cultivés avec une méthode agro-écologique, les produits obtenus permettent des dons de légumes. Ce jardin, pour ses promoteurs, a une fonction éducative, éthique et politique concrète.
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